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Publié par blog813

Le coup de ♥ du facteur
Ma voix vient s’ajouter au concert de louanges qui accompagne ce roman... surtout depuis qu'il a emporté le prix Calibre 47 début mars à Bonne Encontre (47). C'est certainement qu'il le mérite.
 
Ce qui frappe dès les premières pages et jusqu’au bout, c’est le travail du style : vocabulaire recherché, usage immodéré de la comparaison...  qui crée une petite musique qui nous accompagne tout au long du roman. Cette petite musique qui fait qu'on aime retrouver un auteur après l'avoir goûtée.
 
Ensuite, c’est la lenteur (qui change des thrillers en vogue sur le marché).
Lenteur des descriptions. Le récit prend son temps. Le temps de décrire la nature, le paysage, les détails de la ferme, les chemins qu’on emprunte, le froid, les traces de pneus, l’intérieur de la maison d’Abel (le voisin et ami), Mars le chien qui gambade, le fusil replié au coin du bras, l’attente, le verre de vin...
Lenteur de l’action et focalisation unique sur Gus (le protagoniste) : sa vie quotidienne, ses pensées, ses souvenirs (dont certains incertains). pas tout à fait behavioriste mais pas loin. Ceci favorisant bien sûr le dévoilement progressif de LA VÉRITÉ.
 
Tout cela fait partie, bien sûr, d’un plus grand projet, celui de la tragédie. Car l’essentiel est bien là : ce roman est une tragédie.
 
Le passé, la réalité des faits ne peuvent que plonger Gus plus bas dans  son chemin vers la mort. J'aime cet aspect tragique de certains polars : comme chez Racine ou déjà chez Eschyle (dont l'Oedipe roi a été publié en Série Noire), les personnages se débattent pour tenter de contrecarrer le destin mais la révélation de la vérité leur montre qu’ils ont fait fausse route et que leurs actes ne servaient que le fatum... (sans espoir de retour).
 

Je suis aussi tout à fait sensible à ce genre de littérature étant moi-même issu d’un milieu paysan. Mes parents avaient franchi la barre supérieure, celle de la fonction publique enseignante mais nous habitions à la campagne.

Celle des Cévennes que Franck Bouysse présente semble un peu plus coupée du monde et de la civilisation (Abel a quand même le téléphone et un véhicule, une tronçonneuse). Mais elle n’est pas très loin de celle des années 60. Dans sa mentalité fermée. Des taiseux, des qui ne se livrent pas comme ça ! Le huis clos entre Gus et son voisin Abel, que favorise la neige et le froid, participe aussi à  cette tragédie.

 

Je m'aperçois que j'ai oublié de dire un mot de l'histoire. Hé bien, en 2006 (date marquée par la mort de l'abbé Pierre) dans un coin perdu des Cévennes, englouti sous la neige, Gus et son chien Mars découvrent d'étranges traces de sang puis de pas nus dans la neige, et...

 

Grossir le ciel, Franck Bouysse, La manufacture de livres, sept 2014

 

B. L.
 

Commenter cet article

BMR 30/03/2015 19:29

Dommage, la Manufacture a oublié de publier ce livre en eBook ...

blog813 31/03/2015 00:44

Bien sûr, les E-Book. Peut-être faudrait-il leur écrire pour leur demander. La manufacture est une jeune maison d'édition. Une fois qu'on a les droits pour le papier et surtout s'ils ont déjà une e-edition,; ça n'est pas grand chose à faire...