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Publié par blog813

Le coup de ♥ de Paco

Avril 1992 : la nouvelle de l'acquittement des policiers qui ont tabassé Rodney King tombe, Los Angeles s'enflamme. Dans la ville tétanisée par les pillages, les incendies et la violence, alors qu'elle est sous couvre-feu, que la police, la garde nationale, les pompiers ou les hôpitaux sont débordés, deux gangs latinos de Lynwood saisissent l'occasion pour régler leurs comptes.

 

Ouverture coup-de-poing du roman : le meurtre d'un latino, employé tranquille chez un marchand de tacos. Mais Ernesto est le frère d'un impliqué (membre d'un gang), dont veut se venger la banda voisine. Au fil du roman, la vendetta suit son cours, inéluctable.

Les émeutes sont la toile de fond du roman de Ryan Gattis, mais ce qui l'intéresse, c'est de raconter cette "autre Amérique", celle des quartiers pauvres de South Central, celle pour qui ces 6 jours sont une flambée de violence, mais aussi une respiration, un appel d'air. L'Amérique de Big Fate, chef de gang, qui réagit en voyant les images des premiers pillages : "putain, aujourd’hui c’est ton jour, homie. Felicidades, t’as gagné à la loterie !". Et comme le journaliste "continue à déblatérer comme quoi c’est pas son Amérique à lui, celle qu’il connaît, qu’il aime et en laquelle il croit", Fate éclate de rire et dit à sa télé : « Bienvenue dans mon Amérique à moi, cabrón. »
 

Le dispositif de Gattis, une suite de chapitres à la première personne, dont le narrateur est à chaque fois différent (un dealer, une infirmière, un flic, un chef de gang mexicain, un pompier, un tagger, etc), permet de plonger dans cette Amérique de la violence, des minorités, des pauvres, du racisme : une société passée au révélateur des émeutes. Gattis, en empathie avec tous ses personnages (ou presque), réussit à comprendre, sans les excuser, les horreurs qu'il décrit. Une réussite indéniable.
 

 

Ryan Gattis, Six jours, Fayard, 2015.

 

Paco Touzet, n° 444

 

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