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Publié par blog813

Deux coups de ♥...

sinon rien.

C'est de deux romans que je vais vous parler ; le premier lu à la rentrée et le second à paraître le 5 janvier prochain

Le premier roman est le troisième d'une série consacrée par Olivier Truc à la patrouille des rennes.

La Montagne rouge, Olivier Truc, Métaillé Noir, octobre 2016

Dans une ambiance apocalyptique des éleveurs de rennes procèdent au regroupement et à l’abattage annuel de leurs animaux sous une pluie torrentielle. La boue environnante va révéler un squelette humain auquel il manque la tête.

Ce squelette incomplet va devenir un enjeu dans le conflit qui oppose les éleveurs samis aux agriculteurs forestier, porté jusque devant la cour suprême de Stockholm. Les forestiers affirment que les éleveurs ne sont venus envahir le centre de la Suède qu’au 18e siècle et qu’ils ont donc la préséance sur les terres, or les Samis, nomades, savent que leurs ancêtres ont occupé les lieux mais n’ont aucune trace de leurs passages successifs. Si les ossements dataient du 17e ils pourraient obtenir une jurisprudence qui aiderait les autres éleveurs en procès contre les terriens. On retrouve la patrouille des Rennes, Klemet et Nina, en Suède, à la limite sud du territoire sami, avec pour mission de retrouver la tête manquante.

Voilà une thématique bien particulière qui va conduire le lecteur vers un trafic d’ossements et de bien curieux personnages : un vieillard antiquaire pas net, un groupe d’ octogénaires dynamiques et un peu fofolles, organisatrices de bilbingo, des éleveurs sympathiques mais pas que, des forestiers agressifs mais pas que...

On s’étonne qu’avec une intrigue apparemment aussi mince de tourner ainsi les pages ; on se laisse entraîner dans cette quête de crâne.

« Nous courons après un squelette vieux de plusieurs siècles. Je ne suis pas très ancienne dans la police, mais je ne m’attendais pas à ça. À ça et à tout ce que ce squelette ramène à la surface. » dit Nina. Il faut dire que l’auteur insère ici ou là des rebondissements travaillés (le chantier des fouilles ravagé par une machine à broyer les arbres...) ; ses personnages récurrents prennent une nouvelle dimension en suivant leurs quêtes personnelles. Ils gagnent en complexité même si leurs rapports deviennent de plus en plus tendus. Surtout, Olivier Truc nous incite à une réflexion sur les théories de l’anthropologie raciale développée depuis des décennies : nous découvrons comment le racisme anti lapons s’est progressivement installé et sur quelles bases il repose. Bref on est pris dans l’histoire et on suit la progression de l’enquête avec le plus vif intérêt. Désormais, on ne regardera plus un crâne de la même façon...

Et Olivier Truc, persistant dans sa veine nordique et lapone nous entraîne avec lui. Ce troisième volume de la série confirme tout le bien qu’on pensait déjà de son auteur.

J'ai acheté le deuxième ouvrage en novembre au festival de Lamballe en novembre. Il ne sort officiellement que le 5 janvier. J'y reviendrai. C'est le 7 ième ouvrage consacré par son auteur aux enquêtes du Commandant Leoni

Elena Piacentini, Aux vents mauvais, Au-delà du raisonnable, janvier 2015 :

 Dans les caves d’une maison en démolition, à Roubaix, on découvre un corps, scalpé, en position de gisant. Le Commandant Leoni, corse exilé vivant avec sa grand-mère près de Lille,  va se trouver confronté à cette enquête et va rouvrir un dossier de disparition. Dans son équipe, le lieutenant Thierry Muissen chancelle, lui « fils de pute », à la recherche de son passé. ..

Voici donc notre Leoni -excusez le possessif mais on commence à faire sien ce personnage de flic plein d’empathie pour ses prochains et atterré par la noirceur du monde- au cœur de trois enquêtes entrecroisées : Qui a tué et scalpé ce cadavre, retrouvé emmuré sur un chantier de démolition et pourquoi dans cette position quasi religieuse, sacrificielle ? Qui est cette toute jeune femme, la victime, que s’est-il passé, il y a déjà si longtemps, sur son parcours vers le lycée? Le lieutenant Muissen trouvera-t-il l’apaisement en explicitant son passé familial ? Et Jean-Toussaint, retournera-t-il auprès de Mamilouise, sa maman réunionnaise ; retrouvera-t-il Marie-Ève sa compagne d’exil dans la Creuse, qu’il idéalise ? Qui est ce malade de religion ?

Autant de questions autour desquelles se tissent des « destins écartelés par des vents contraires ». Et bien sûr, le commandant n’a aucune réponse et ne peut compter que sur lui-même, son équipe privée du lieutenant, et une mamie observatrice pour faire surgir des réponses d’un passé tenace.

L’auteur tisse un suspense intense autour de thématiques qui lui sont chères dans cette région Nord. Thématiques actuelles, telles la montée des idées d’extrême droite, la misère des exclus... Le roman aborde encore la question des « Réunionnais de la Creuse », enfants arrachés, dans les années 60, à leur pays pour repeupler un département déficitaire. Celle des groupuscules racistes et nationalistes de la région Nord.

Aucun des romans d’Elena Piacentini ne laisse indifférent et celui-ci encore moins. On partage les tourments et les errances de Leoni, de Muissen, de Jean-Toussaint et on éprouve de la répulsion pour les salauds de tous poils.

Un roman qui ne vous laissera certainement pas indifférents tant il procure d’empathie en tous sens.

Est-il utile de rappeler qu’Au-delà du raisonnable n’est pas un géant de l’édition. J’ai échangé avec Véronique Ducros, l’éditrice, sur la différence de date entre le dépôt légal d’octobre 2016 et la parution le 5 janvier 2017. Ses propos étant informels, dans le fil d’un échange tranquille sur Facebook, elle a malgré tout accepté que je les transcrive.

Extraits : « La sortie de Aux vents mauvais a été repoussée de mai 2016 à janvier 2017 pour une excellente raison : j'ai travaillé à faire distribuer et diffuser le catalogue Au-delà du raisonnable par un diffuseur capable d'assurer, de porter, de représenter, de mettre en place, de suivre et de servir un titre même édité par un éditeur indépendant, il fallait qu'un tel diffuseur nous choisisse ! Et je suis heureuse pour les auteurs que je publie, qui patientent et ont essuyé avec moi les plâtres d'un démarrage d'une maison qui n'a de petits que les moyens financiers. Harmonia Mundi a parié sur nous, parie avec nous sur Aux vents mauvais. Bref, les exemplaires que tu as vus (et acheté) en salon, faisaient partie du très petit tirage que j'ai fait pour qu'Elena puisse honorer les invitations à des salons qui l'avaient invitée, entre autres parce qu'elle avait une nouveauté annoncée, et que chez Au-delà du raisonnable on ne plante pas les libraires.

Plusieurs d'entre vous ont pu lire à quel point, pour Elena  et moi, notre collaboration est fructueuse. L'immense plaisir de la lecture tient dans le seul tête à tête du lecteur avec l'œuvre. J'ai été forgée très jeune par l'apprentissage d'un art vivant : l'effort et le travail ne méritent d'être portés au public que lorsqu'ils sont indétectables, fondus par le talent et un grand savoir-faire.

À tous les critiques, analystes et chroniqueurs, je souhaite que l'engouement et le plaisir face à une œuvre littéraire commencent par un éblouissement, avant qu'elle soit disséquée et classée par genre, éditeur, notoriété. Rester libre au-delà du raisonnable »

Merci Madame Ducros.

Le Facteur 813

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