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Publié par blog813

Ç'aurait pu être dans la revue 813...

... mais ça n'est pas toujours possible, question de délai : la dernière revue a été distribuée, la prochaine est déjà quasi bouclée (dossier sur le Brésil). Soit celui qui a fait l'article attend jusqu'au printemps, soit...

Finalement le blog peut satisfaire les impatients.

L'objet : une interview de Patrick Chevron par Alfred Eibel.
L'actualité n'attend pas. Voici donc la chose :

Le "pitch" de l'éditeur

Comment présenter Michel Chevron que je connais depuis de nombreuses années. Un homme peu loquace qui s’exprime avec plus d’aisance le stylo à la main. Ce que je peux dire, c’est que cet homme déteste l’expression « être bien dans ses bottes » qu’il trouve d’une bêtise crasse. Il préfère les personnages inquiets qui ne sont pas dans le triomphe et la gloire. Michel Chevron lisait énormément, un ou deux bouquins par jours. Maintenant il lit beaucoup moins. Il ne se sent pas un tâcheron obligé chaque année de donner la fiche signalétique de ses éructations. Il écrit quand cela le branche, en fonction de ses besoins et de son plaisir. Il a lu Kafka comme tout le monde, adore ses histoires terribles, son humour noir pétri de dérision. Il aime beaucoup Jean-Patrick Manchette et Gustave Flaubert, notamment Bouvard et Pécuchet. Il a aussi une certaine tendresse pour l’œuvre de Jean Echenoz et une passion pour les faits-divers.

 

Alfred Eibel - Cher Michel, tu as publié six romans. Un septième vient de paraître en mars de cette année chez Serge Safran éditeur. Faisons le point sur tes romans précédents.

 

Michel Chevron - Je pense qu’il y a toujours dans mes romans le thème de la folie, un malaise qui suinte de toute part. Commençons par cette brave Seraphine, héroïne de mon premier roman La fille de sang. Elle mène une quête dans un monde insaisissable, une quête en somme vers la lumière, la lucidité. En résumé je dirais vers la compréhension du monde.

 

A. E. - Parle-nous de ton second livre Les purifiants.

 

M. CH - Mes personnages sont mus par une force qui les pousse à une forme d’exploration singulière. Peut-être ne savent-ils pas très bien ce qu’ils font, se fixent un but qu’ils n’appréhendent pas encore, but qui les traverse, j’allais dire qui les pourfend. Cette traversée est évidemment semée d’embûches. Ils affrontent des difficultés qui se révèlent être des traquenards. Ils tentent de faire en sorte de mieux s’organiser.

 

A. E. - Nous voilà arrivé à ton troisième livre.

 

M. CH - J’ai participé à une collection dans laquelle j’ai publié un livre au titre évocateur : J’irai faire Kafka sur vos tombes qui fait penser à J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian. Mon titre est provocateur. Il est vrai que je tends beaucoup vers la provocation. Ma tournure d’esprit consiste à déchirer les voiles qui occultent pas mal de problèmes, les situations pas très claires. Mes personnages s’avancent vers la ligne d’horizon. C’est une thérapeutique. Il y a chez moi une sorte de jouissance quand j’écris. Je crois à la bonté, à la charité ce qui explique qu’il y a dans mes livres des bonnes âmes prêtes à secourir le premier venu mais qui la plupart du temps sont victimes de leur générosité. Je crois que dans un monde tellement difficile il est compliqué de faire affleurer, si je puis dire, précisément la bonté. Mes personnages, il faut le souligner, sont d’abord des victimes. La vengeance est souvent derrière leurs actes. Ils se sentent négligés, mal acceptés, et malheureusement n’occupant pas la place qu’ils aimeraient occuper. D’où leur révolte, d’où les conflits.

 

A. E. - Avec ton quatrième roman Gavial poursuite, on assiste à une course éperdue comme dans un film d’Alfred Hitchcock.

 

M. CH - Je suis cinéphile. Je vais vers une écriture imagée. Quand j’écris, je me représente les scènes, j’inscris mes personnages dans une continuité historique. Il leur arrive d’être rattrapé par leur passé pas toujours glorieux.

 

A. E. - Venons-en maintenant à ton cinquième roman La femme en noir.

 

M. CH - On s’épie beaucoup dans mes livres. Une malédiction pèse sur mes personnages. Une espèce « d’atmosphère du crime » comme chez William Faulkner, « une sorte de recherche permanente de soi » comme chez Strindberg et plus proche de nous « une quête hallucinée » comme dans Jerôme de Jean-Pierre Martinet.

 

A. E. - Voici ton sixième roman appelé L’icône.

 

M. CH - Ce qui peut paraître tragique dans ce livre, c’est le poids de la fatalité qui gêne lourdement mes personnages, un langage qui change selon les uns et les autres d’où le sentiment d’une solitude qui engendre des actes injustifiables.

 

A. E. - Parle-nous maintenant de Mother Feeling, roman paru en mars dernier.

 

M. CH - J’ai tenté de saisir à bout de bras, à ma façon singulière un sujet actuel, brûlant, celui du chômage. Dans ce livre se promènent des personnages inquiétants, des parasites, des aigre-fins, des profiteurs, des fainéants d’une société qui lentement mais sûrement se délite. Et puis, j’allais oublier, il y a dans mon livre le personnage du « Nain Jaune », un être déconcertant, omniprésent, pesant, manipulateur et affabulateur, le représentant type du capitaliste glouton toujours à mettre les bâtons dans les roues de ceux qui lui échappent.

 

A. E. - Maintenant parle-nous de ton prochain livre.

 

M. CH - Je prépare un livre sur Daesh. Intitulé provisoirement L’éternité des combats. Je veux parler du Moyen-Orient, de la peur au Proche-Orient, comment la Syrie, un pays baigné de sang, pourrait un jour retrouver la sérénité. Mon livre évoque l’Homo sapiens, l’homme eructus, le protectorat français d’après guerre pour en arriver maintenant à Daesh qui veut installer le califat. J’envisage de prendre comme personnage une jeune repentie, une ex-épouse de djihadiste ainsi qu’un ancien, mais modeste, des services secrets installé en Tourraine et qui cultive son jardin. Leur rencontre amène un autre djihadiste mais cette fois un djihadiste vengeur. Il y a aussi la question du langage qui doit être adapté aux différents protagonistes. Je précise, il ne s’agit pas d’un livre d’Histoire avec un grand H.

 

Entretien réalisé le 29 janvier 2018 au café Le Rendez-Vous, dans le XVème arrondissement.

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