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Publié par blog813

Aujourd’hui nous disons au revoir à Claude Mesplède. Ami de nombreux membres de 813, soutien indéfectible de l’association, Claude avait passé sa vie à porter haut les couleurs du noir.

Auteur du DiLiPo, Dictionnaires des Littératures Policières, il militait pour la culture populaire : il fait ainsi partie de ceux qui, depuis les années 80, au moment de la création de 813, ont permis aux littératures policières de sortir du ruisseau où elle était cantonnée pour atteindre les vases vénitiens et les salons parisiens. La "polardie" ainsi que la nomme Jean Bernard Pouy, cette exception culturelle qui permet à plus de 70 festivals de fleurir en France, est orpheline. Dans les jours qui viennent, cet espace rendra hommage à notre ami grâce à des textes et photos venus de tous horizons.

À bientôt Claude, il ne saurait en être autrement !

 

Corinne Naidet

 

Premier texte de Serge Breton, accompagné d’une photo de Michel Barouh qui avait réussi à fixer Claude à son stand, instant assez rare! (photo prise à Villeneuve lez Avignon lors du festival)

 

Claude, The long goodbye

La première fois que j'ai rencontré Claude Mesplède, il était attablé devant la buvette d'un festival polar. Une belle file d'attente devant lui. Comme un Parrain à qui on vient demander audience, n'ai-je pu m'empêcher de penser. Hiératisme en moins, bienveillance radieuse en plus que chez Brando/Corleone.

Arrive mon tour. Je le salue en déclinant mon nom, mon appartenance à 813,  le pseudo sous lequel j'interviens sur la liste. Le sourire s'élargit, il garde ostensiblement ma main dans la sienne en hochant la tête: "Très heureux, j'apprécie beaucoup tes messages…". Euh, ben voilà… Je ne sais plus trop comment, on a engagé un bref échange sur Day Keene, un auteur de la Série Noire qu'on appréciait tous deux, hélas trop méconnu à notre goût…

"La prochaine fois qu'on se voit, rappelle-moi ton nom, je n'ai pas la mémoire des visages" a-t-il conclu.

 La fois suivante, ce fut quelques mois plus tard, lors d'un festival polar (étonnant, non?...).

Là, aubaine, Don Claudio est seul. Me souvenant de ses recommandations, je commence à lui repréciser qui je suis. Il m'arrête promptement d'un signe de la main. "Oui, oui, je me souviens…".

La main descend sur mon épaule, me pousse vers le bar. Et, immédiatement, il se met à me reparler de Day Keene… en reprenant la conversation EXACTEMENT là où on l'avait interrompu…

Plus tard, j'ai compris que tout Claude se résume dans cette anecdote: simple et chaleureux, inattendu et spontané, et surtout très attentif aux autres, quels qu'ils soient. Non seulement, quand vous le revoyiez ainsi bien longtemps après, il vous donnait l'impression qu'on s'était quitté la veille, mais, en plus, son plaisir de se retrouver en face de vous était manifeste, comme s'il n'attendait que ce moment…

 La Liste 813 a contribué à nous rapprocher davantage. A la faveur de discussions qui se déroulaient sur celle-ci, on a peu à peu pris l'habitude d'en prolonger certaines en aparté. Suite logique, on a carrément développé une correspondance mail. Claude répondait à tous mes messages, ne laissait aucune de mes questions sans suite, allant souvent bien au-delà de mes attentes...

 Puis mon parcours de vie m'a fait m'installer près de Toulouse. La grâce du hasard. Très vite, je n'ai plus eu besoin de mon GPS pour aller goûter l'hospitalité régulière de Claude et Ida. L'antre livresque et filmique (on oublie trop souvent qu'il était aussi un immense cinéphile) de Claude faisait chavirer ma fibre de collectionneur. L'exploration de ses étagères était régulièrement propice à des échanges ludiques ou passionnés, où l'esprit de Claude pétillait.

 Ainsi, sur deux frères par ailleurs également auteurs (sous pseudos): "Le monde est mal fichu, ou alors bien équilibré: lui n'écrit pas bien mais est très gentil, son frangin est un con qui fait de bons romans".

 Ainsi encore, alors que j'exhumais un DVD (Les Petites Cardinal de Gilles Grangier, vous connaissez?...), il s'est mis à fredonner une chanson. "Elle est dans le film", a-t-il précisé devant mon regard interrogateur. Avant de me faire l'apologie de Grangier. Il a tenu à me prêter le DVD. Et, bien sûr, c'est un film formidable.

Récemment, il m'avait invité à rejoindre l'équipe de Double Noire. Je n'oublierai jamais notre dernière réunion, qui est aussi ma dernière rencontre avec lui, peu de jours avant Noël. D'une voix malicieuse, il nous a présenté des perles rares (Jean Richepin, vous connaissez?...). Lui seul avait le secret de dénicher de tels textes au sein de notre patrimoine littéraire. La liste des auteurs, français mais aussi étrangers, qui acceptaient de lui confier une nouvelle s'allongeait de jour en jour…

 Il était en train de me convaincre de rédiger avec lui un article pour notre revue sur le maccarthysme et ses liens avec le polar, sujet qui le passionnait et entretenait sa flamme combative.

Écrire davantage lui manquait. Les idées et la fièvre de les exprimer l'habitaient toujours autant. Mais son corps, ses bras, ses doigts fatigués étaient devenus autant de freins pour les coucher sur le papier ou sur écran. L'écriture à quatre mains, comme une façon pudique (autant que sincère à mon égard) de conjurer le sort?...

On avait commencé à bâtir un vague plan, l'article se transformait inexorablement en dossier à la longueur irrecevable, mais je me réjouissais de le voir, tout guilleret, fureter dans ses fiches et documents. Parfois, il me téléphonait pour me confier une nouvelle idée, l'info inestimable qu'il avait dégotée... Un dernier projet qui demeurera à l'état de chimère, mais tant pis, c'est aussi un rêve qui restera éternellement beau à mes yeux bien humides ces temps-ci…

 Des yeux qui n'en n'ont pas fini de visiter ou revisiter les univers de Day Keene et Gilles Grangier… En souvenir d'une belle âme, immortelle…

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