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Publié par blog813

Coup de projecteur de Bernard Daguerre

 

Le cinéma Utopia présente, à l’occasion d’un hommage à l’écrivain argentin  Bioy Casares, Invasion (1971) de  Hugo Santiago.

L’idée du  scénario de ce rare film noir, onirique et mystérieux, est de Bioy Casares et  JL Borges, déjà auteurs, ensemble, sous le pseudonyme de H.Bustos Domecq, de nouvelles policières : six problèmes pour Don Isidro Parodi.
Ce sera à Bordeaux, lundi prochain 7 octobre.
Et ma présentation du film
 
Amitiés
Bernard

 

Invasion (film argentin de Hugo Siantago, 123 mn, 1969)

avec Olga Zubarry, Lautaro Murúa, Juan Carlos.

 

     Ce film culte (comme on le dit souvent un peu trop mécaniquement, mais là, c'est vraiment adapté) est à la fois un thriller politique, un récit fantastique et une préfiguration ce que sera la situation de plusieurs pays latino–américains qui passent sous la botte des militaires dans les années 70. D’ailleurs Invasion fut vite interdit par la censure militaire argentine, dès le début des années 1970, une partie des négatifs volés avant que le film puisse finalement être restauré au tout début de notre siècle.

 

     Dans une ville – pays, surnommée Aquilea (nous sommes en 1957 est-il commenté), un groupe d’hommes entre les deux âges, uniformément revêtus de costume sombre, se retrouve au cours de rendez-vous clandestins, dans des cafés, aux coins de rues, dans d’improbables dépôts de train désaffectés, en train de liquider des soldats en faction ou de faire le coup de feu pour s’emparer d’un conteneur bourré d’armes et de munitions. Mystérieusement poursuivis par des sicaires, tous habillés en complet ou imperméables clairs, qui les traquent, les torturent et les tuent.

     Le premier groupe est commandé par un homme âgé aux cheveux et à la moustache blanche, Don Porfirio, qui parle à son chat noir et étudie les déplacements supposés de l’ennemi sur un plan stylisé de la ville, dissimulé derrière un rideau mural, comme dans Paris nous appartient, le film de Rivette.

     Il y a de belles scènes d’actions nocturnes comme l’attaque d’une villa, les coups de feu qui trouent la nuit, les blessés évacués en voiture et dont on essaie d’étancher le sang qui coule de leurs plaies. 

     Le sextuor de personnages en costard sombre fait une pause, célébrant leur amitié dans un café en écoutant une milonga (aux paroles écrites par le grand écrivain Jorge Luis Borges) prémonitoire avant de repartir au combat.

vAprès leur liquidation (le dernier d’entre eux dans un stade), la relève est assurée par une jeune femme seule rescapée du groupe : elle distribue des pistolets à des jeunes gens, pendant qu’une invasion anonyme, par les airs, l’eau et la terre ferme, prend possession du territoire, filmée comme une bande d’actualité.

 

     Que dire encore ? le scénario est signé de Bioy Casares, Santiago et surtout Borges (avec lequel le réalisateur dit avoir travaillé un an durant). Le traitement noir et blanc de la pellicule est superbe, tout en contraste glaçant. La bande son a des accents, si on peut dire presque surréels, voire carrément surréalistes : sabots des chevaux, cris d'oiseaux, meuglements de vaches, bruits de pas réguliers... Le film fut tourné à Buenos-Aires.

     Lors de sa présentation au festival du film d’histoire de Pessac en novembre 2011, dont le thème cette année était « La conquête du pouvoir », Hugo Santiago a dit de son film qu’il s’agissait « d’un conte…d’une narration fantastique que l’histoire a rattrapée ».

     Sans doute, Invasion fait partie de ces œuvres qui échappent à leur auteur, comme le réalisateur le dit avec quelque coquetterie. De fait, il nie toute référence à l’histoire de son pays, où dit-il il n’y avait pas de violence à l’époque. Voire…. s'il y avait une filiation européenne, ce ne serait pas avec la nouvelle vague française, pourtant contemporaine, mais plutôt avec Resnais (l'année dernière à Marienbad) et surtout Chris Marker (la Jetée).  

         D’ailleurs Santiago a travaillé en France, à la fin des années 50, comme assistant de Bresson. Invasion célèbre la résistance d’un être collectif, héros anonymes luttant à la manière des personnages d’une chanson de gestes, dans une sorte d’hommage romantique au sacrifice. Le contraste n’en est que plus fort avec le filmage souvent percutant, violent et glacé.

 

BD

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