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Publié par blog813

Ce qui suit est librement inspiré d'un article du New York Review of Books de Pico Iyer traduit par Béatrice Brocard. "La vertu contrariée de Raymond Chandler" ou Chandler avec peur et sans reproche.

Le sourire de Bogart est-il soluble dans l'œuvre de Chandler ? 

raymond-chandler

De son éducation anglaise jusqu'à 24 ans, on lui apprendra à braver le monde, mais pour ce qui est des femmes, il va devoir traverser l'Atlantique en 1913. Comment appréhender cette société, où l'affranchissement passe par l’adoption du mode de vie américain, où les contraintes sont jetées par dessus les moulins. Il est urgent de dépasser la vieille Europe, l'Amérique est neuve et les femmes occupent davantage de terrain. Le conservatisme anglais est malgré tout présent dans le mode de vie de Chandler. Son héros, Philip Marlowe, lui, aussi aura du mal avec les femmes, pas d'aventure amoureuse, les femmes de Los Angeles sont bien souvent coupables.

Il épousera Cissy Hulburt de 27 ans son aînée. L'amour qu'il lui porte est "classique", convenu, encore sous le coup de l'éducation anglaise dont on ne se débarrasse pas aussi aisément. En contrepoint il sera le créateur de quelques mythes américains, de femmes fatales qui prendront au cinéma les visages de Lauren Bacall, Veronica Lake. Marlowe pas plus que Chandler ne réussiront à les dompter.
Cissy vieillit et Chandler aura de nombreuses aventures extra-conjugales, dans une Amérique qui permettait alors tout ou presque. Marlowe est son double, son chevalier avec peur et sans reproche. Il aime Marlowe qui tentera de redresser les torts et combattre le crime, et le détestera pour avoir gardé une éducation anglo-saxonne qui n'est pas soluble dans le new-deal.

marloweA défaut de vivre le mythe américain, Chandler invente le sien à travers la figure fameuse de Marlowe, le désabusé, le déçu, avec 50 ans d'avance sur ses clones. La vie romanesque de Marlowe couvre 20 ans d'histoire de l'Amérique qui fait rêver à l’époque, qui prend de la vitesse, qui se jette à l'assaut du monde pour être la première, la dominatrice. Chandler et Marlowe s’armeront d’une morale héritée des gentilshommes, mais l'Amérique les dépasse, et peu à peu les nouveaux redresseurs de torts vont adopter d'autres méthodes, des méthodes à la  mesure d'une société plus mouvante qui va plus vite que la musique. Après le poussiéreux Harry Dickson, le rugueux Sam Spade, Marlowe-Bogart et son "sourire" désenchanté, inimitable, nous prévient, dans 50 ans vous rirez moins ! Nous y sommes !
Books Magazine n° 27, La vertu contrariée de Raymond Chandler.

Patrice Lebrun - Nov 2011

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