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Publié par blog813

Baignades mortelles,

Il ne s’agit pas ici de baïnes ni d’imprudences de nageurs, non, c’est du dernier roman d’Andrée A. Michaud dont je veux parler.

L’autrice aime les romans noirs, ancrés dans le réel, montrant des êtres humains plutôt ordinaires,  confrontés le plus souvent à une nature qui semble accueillante ainsi qu’à leurs congénères. Mais...

L’histoire, du moins le point de départ ; je ne veux rien déflorer.

Une famille. Max, Laurence Landry et leur fille, Charlie, arrivent au camping du lac des Sables à bord d’une roulotte : « un véhicule motorisé, en fait un immense VR[1]qu’avait prêté [à Max]  un collègue de travail ». Il fait très chaud À peine arrivés, ils vont se baigner et la fillette s’en donne à cœur joie.

C’est alors qu’intervient Hank Simard, le nouveau propriétaire de l’endroit : « Ils avaient laissé la petite se baigner nue. Cinq ans. Ils n'y voyaient pas de mal. Le soleil tapait dur, le mercure atteignait les vingt-huit degrés et la plupart des campeurs faisaient la sieste sous les arbres et les auvents. Puis le propriétaire de la place avait surgi, une masse de muscles aux bras tatoués, pour leur dire qu'on ne voulait pas de ça ici, pas de nudité, vous avez pas honte, vous habillez cette enfant immédiatement ou vous décampez. »

C’est ainsi que tout commence.  Laurence rhabille sa fillette qui ne comprend pas pourquoi. Les parents sont gênés ; les autres campeurs présents n’ont pas pris leur défense : « Le reste de l'après-midi avait été marqué par cet incident, par la gêne injustifiée de Laurence, par la colère de Max, qui avait eu envie de faire le tour du camping en criant tout le monde à poil, et que ça saute, on se fait une petite orgie. Bande de voyeurs, maudite gang de culs-bénits. »

Paul et Geneviève, couple à proximité ,vient tout de même à leur roulotte témoigner son soutien. La soirée s’annonce sympathique. Ils préparent des hot-dog au barbecue. Paul prend la fillette sur ses genoux, lui sent les cheveux, lui caresse le bras. Cette attitude paraît équivoque au père. Il lui met son poing dans la figure.  Les vacances de rêve sont définitivement compromises. Max et Laurence décident de quitter le camping sur le champ. Partir pour poser leur roulotte quelque part. Puis dormir, puis retrouver un autre lieu, plus convivial. Les vacances de rêve sont d’ores et déjà gâchées.

Le lac au milieu des arbres est loin de tout. La nuit tombe, l’orage gronde, ils prennent une mauvaise voie qui devient un chemin, en pleine forêt. Tonnerre, éclairs et des trombes d’eau. Demi-tour impossible. Max est obligé de reculer et voilà la roulotte embourbée... Des phénomènes étranges, incompréhensibles, les amènent à partir, apeurés, tous les trois à bicyclette. L’orage continue à lâcher son déluge d’eaux. Soudain, un éclair, Max s’effondre, foudroyé, mort...

Ce début de roman devient très vite un thriller, un tourne pages qu’on ne lâchera qu’à la fin de la première partie, pour respirer un peu, souffler. Laurence et Charlie sont confrontées à un homme qui va peu à peu perdre tout sens des réalités dans un crescendo époustouflant que je vous laisse découvrir.

Andrée A. Michaud a le sens du récit et du suspense. La mère et sa fille vont-elles survivre ? L’horreur va-t-elle avoir un terme ? On finit la première partie, intitulée Fausse route, dans un soupir, une pause bienvenue.

Il ne vous aura pas échappé que le titre est Baignades (avec un « s »). On va donc assister à d’autres baignades dans la deuxième partie,  Réunion de famille, intimement liée à la première car on retrouve Laurence et sa fille, quelques années plus tard, en famille, toujours au bord d’un lac. Cette fois le récit prend une tournure moins stressante mais une vérité n’a pas été révélée et certains membres de la réunion de famille vont agir de façon à envenimer plutôt qu’à concilier.

Un roman très noir, les personnages s’enfoncent dans un cycle qui ne peut qu’aboutir au drame. Ils enchaînent les bévues et au lieu de réfléchir, de discuter, de dire la vérité, ils vont toujours plus loin dans leur folie (oui, on peut parler de folie) et leurs erreurs. Des forces essaient de s’interposer, mais en vain.

On est confronté au mal, mal psychotique et relationnel, ignorance criminelle. C’est un livre très fort. D’un incident bénin au départ, dans une situation banale, que quelques mots vrais auraient suffi à débloquer, on arrive à des tragédies non annoncées. Pas question de destin ici, ce sont les hommes, les familles qui mènent la danse pour arriver à des morts injustifiables. Face à eux, on se tait, on n’intervient pas, devenant aussi coupable.

Parlons aussi de la langue. Le français, parfaitement maîtrisé mais tout de même un peu québecois.

Personnellement, j’adore les interjections et autres jurons purement québécois qui émaillent le récit. Quelques exemples :  tu décrisses, maintenant – jouabert - on sacre notre camp – saint simoniaque - ostie de saint ciboire - faut qu’on parte au plus sacrant - ils sont dans le trouble – pogne pas des nerfs...

La romancière multi primée aussi bien au Canada qu’en France est au sommet de son art et nous entraîne dans un récit cauchemardesque qui met en avant l’enchaînement des erreurs, le manque de communication des êtres humains et leur aptitude à faire corps sans se poser de questions. Une fois que l’on a commencé, il faut aller jusqu’au bout, comme si sa vie était en jeu... et elle l’est parfois.

Merci à Jeanne Guyon et à Marie Château pour le service de presse.

Boris le facteur

 

En librairie le 20 août

 

[1] Véhicule Récréatif

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