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Publié par blog813

Les dés sont jetés

Contrat sur Adour, Luis Alfredo, Arcane 17, 177 pages, avril 2026

Pourquoi ce titre pour une chronique sur le roman de Luis Alfredo ? Hé bien parce que le début du récit nous montre la commandante de police Béatrice  Jactaest et son binôme Victor Aléa (vous voyez le topo ? ou alors, vous n’avez pas fait de latin ni consulté les pages roses du Petit Larousse-vous ne savez peut-être pas de quoi il s’agit[1]…) se rendant sur le lieu du crime.

 Les éboueurs ont trouvé le corps d’un notable, Lucien Clément, architecte, abattu d’une balle dans la tête, visiblement déplacé. L’assassinat aurait eu lieu entre trois et cinq heures du matin. Sur lui, une photographie ancienne en rapport avec le lieu du crime, les traces une villa gallo-romaine jouxtant un supermarché.

Engagé sur la note humoristique du nom des personnages, le roman prend son rythme. Victor Aléa, appelé à des tâches supérieures, sera remplacé par le capitaine René-Marie Aubin[2] récemment muté à Tarbes, plus ou moins expulsé de la brigade de Pau, homme au demeurant peu causant et que la commandante devra apprivoiser, jusqu’à l’inviter à manger chez son père.

Un deuxième cadavre, Marc Calvo, kinésithérapeute,  exécuté avec le même processus : balle dans le front, déplacement du corps et proximité des anciens Bains Péré, une carte postale ancienne en relation avec le lieu :

« Le comte Antoine Péré, un riche et influant notable, sénateur par ailleurs, avait acquis les « Bains Cousin », à sa mort son fils les a rasés et fait construire à leur place, sur le modèle des Grands Thermes de Bagnères-de-Bigorre, de nouveaux bains. Lorsqu'il meurt à son tour, Antoinette Abeilhé, fille des domestiques du comte, et son mari héritent des bains... Le lieu est très prisé des classes aisées... Mais à la fin des années 50, le lieu passe de mode et cède la place à des immeubles d'habita­tion. »  C’est Léon Jactaest qui explique cela à sa fille. Personnage atypique, vieil anar sympathique critiquant tout et expert en histoire de sa ville de Tarbes[3]. Il sera très utile pour la résolution de l’intrigue (mais chut).

Les épouses des deux hommes expliquent aux enquêteurs que leur mari se rend une fois par mois environ dans un lieu lointain où il passe la nuit. C’était le cas, le jour de leur mort, sauf qu’il n’y avait aucune manifestation concernant l’architecture ou la kinésithérapie dans aucun des endroits où ils étaient censés se rendre. Il faut se rendre à l’évidence, il s’agit de serial killer. Mais pourquoi tue-t-il ?

On s’attache aux personnages : Léon, l’érudit râleur qui adore sa fille. Béatrice, femme victime de la discrimination des femmes dans la police mais qui mène fermement sa barque.  Pas en couple après des essais infructueux. René-Marie taiseux, peu enclin à la gaudriole mais efficace. Et puis des méchants !

Le premier chapitre nous surprend. Chaque début de paragraphe commence par « Il ». Il vit sa vie, campe dans un hôtel, rencontre des gens, il ne cesse de citer Freud (le complexe d’Œdipe, le transfert, etc.) qu’il est en train de lire. Les chapitres où il apparaît alternent avec ceux où l’on voit les flics se débattre. Après plusieurs chapitres, on comprend qu’il s’agit très certainement du flingueur (d’ailleurs le titre du roman, Contrat sur Adour, ne laisse aucun doute sur l’existence d’un exécuteur. Même lui se révélera capable, à sa manière, d’empathie.

Ce roman, finalement nous prend et nous emmène jusqu’à la conclusion : qui meurt ? qui était le coupable ? pourquoi ? pour qui ?

Nous n’entrerons pas plus dans le détail, à vous de découvrir ce roman court, prenant, où l’on découvre une ville (qu’habite l’auteur depuis des décennies et que visiblement il aime, ce qui lui a fait quitter ses ouvrages se déroulant à Toulouse pour la plupart) mais la partie documentaire ne prend pas le pas sur l’action. On peut y trouver du fonds sur la prostitution, la place des femmes dans la société d’une ville moyenne, les femmes battues, l’argent, le mensonge, le pouvoir, le freudisme…

Un dernier mot, dernier clin d’œil, sorte de mise en abyme : le divisionnaire menace Béatrice et René-Marie de faire venir un commissaire de la PJ de Toulouse pour poursuivre l’enquête à leur place, après le fiasco (supposé) du duo Béa-R.M., un certain René-Charles-de Villemur, personnage central du précédent roman de Luis Alfredo et héros de 10 séries, recueils de courtes nouvelles, publiées chez Ska et Horsain.

Parfait pour lire pendant les vacances (après que vous aurez voté pour nos trophées[4]).

Boris le Facteur

 

[1] Si vous voulez connaître la formule latine, prenez le titre et traduisez-le en latin

[2] René-Marie Jactaest, ça ne fonctionne plus

[3] Il fait partie d’une confrérie très savante, attachée à l’histoire de leur ville de Tarbes.

[4] Comme l’an passé, François Braud nous propose une analyse par jour d’un des sélectionnés. Je vais regrouper les 5 chroniques au bout de 5 jours complets. À venir vendredi.

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