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Publié par blog813

Jonzac ? oui Jonzac !

La Charente-Maritime est un département bien connu des estivants pour La Rochelle, Saintes, Rochefort, Royan mais pas trop pour cette sous-préfecture de Jonzac. Regardons-y de plus près :

La Charente-Maritime
sur cette carte l'arrondissement est en rouge brique
Zoomons un peu

 

cliquez pour agrandir

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Cet arrondissement, c'est la campagne profonde : marais, bois, polyculture, vigne, pratiquement aucune industrie. Population au dernier recensement : 5396 habitants, plus grosse ville de la CDCHS 1. Bout sud de la Charente-Maritime entre Charente, Gironde, Dordogne et l'estuaire.

Pourquoi ce soudain intérêt pour ce gros village ?

Eh bien parce qu'Yvan Robin, auteur de romans noirs, d'un récit apocalyptique (Après nous le déluge) et d'un Entretien avec Hervé Le Corre, mélancolie révolutionnaire, sélectionné pour notre trophée Maurice Renault 2025, est natif de cette ville et qu'il publie chez In8 une novella intitulée Bagarre.

Cela fait longtemps, au cours d'une de nos rencontres sur des festivals, qu'il m'avait parlé d'écrire un texte sur une bagarre phénoménale qui avait eu lieu à Jonzac en 1999. Habitant pendant plusieurs décennies à quinze kilomètres de Jonzac, je m'étais intéressé à ce récit promis et tenais particulièrement à le lire. Je remercie Josée des éditions In8 de m'avoir fait parvenir cette longue nouvelle (90p .) en service de presse.

Yvan Robin avait 16 ans en 99 et le lendemain de ce fait divers, il avait été choqué par le chablis, reliquat de cet événement exceptionnel, coïncidant avec la braderie de Jonzac... au point de vouloir 25 ans  après se lancer dans des recherches, collecter des informations auprès des témoins encore vivants, et narrer ce fait divers,montrant que la folie des hommes a toujours été là et qu'un rien peut embraser toute une communauté..

Commençons par un autre zoom sur le quartier des Carmes et le Canotier.

image, GoogleMap, Philip Molard, août 2003, le canotier est à droite

image, GoogleMap, Philip Molard, août 2003, le canotier est à droite

Plan du quartier

Plan du quartier

Reportons-nous maintenant à ce samedi 2 octobre 1999, à moins de deux mois de la bascule vers le 20e siècle et son lot de craintes millénaires. La ville est en grande partie bouclée car demain, aura lieu la grande braderie annuelle.
Dans le Canotier, bar bien connu des Jonzacais, le Karaoké -comme tous les samedis soirs- bat son plein. Il y a foule. Le patron, Alain Carnac (dit La Carne) veille au grain ; il a fait appel à son videur habituel, Virgile. 
On le sollicite parfois pour des interventions musclées dans des établissements de nuit bordelais, contre des mauvais payeurs ou impressionner sur des problèmes de rivalités. Beau gosse bien sapé, montre Cartier ; il roule en Mercedes Classe E. La belle Jenny qui rêve de gloire, s'est faite belle pour chanter les tubes du moment. Didier, le disc-jockey est opérationnel. Bref  un samedi soir comme les autres. Il y a là, Vanessa, la serveuse et d'autres filles.

Dans un village jouxtant la cité, chez les Müller, on fête la  Gerbaude, la fin des vendanges, dans un grand jardin sans clôture, avec son lot de caravanes, propriété de Jonas père, dit Jojo, un manouche sédentarisé.  Il vend des chevaux et règne sur le campement. Ils accueillent la famille pour la plupart des grandes occasions. Et c'en est une.

Jonas fils, dit Sauveur, qui va sur ses 26 ans, 3 points noirs, Mort aux vaches, tatouage de taulard au creux de la main, gros biscoteaux, est là aussi. Avec ses cousins ils on commencé à picoler un peu trop. 

Trois semaines auparavant il a eu un conflit avec Virgile qui d'un coup de poing lui a décroché la mâchoire, il a bien envie de se rattraper. Lui et ses cousins décident de faire un tour au Canot', histoire de rigoler un peu.

Ils s'installent au bar, demandent deux bouteilles de Sky à 150 francs. Sauveur aligne les billets. Il se met à raconter des blagues nulles, un des cousins met le feu à du papier toilette, il vomit au bar. Bref ils se comportent mal. Ils cherchent la castagne.

Le patron appelle Virgile, encore sur la route entre Saintes et Pons (à 3/4 d'h) ; le patron l'appelle : —Le bar est plein de Manouches, ils foutent le bazar.

C'est comme ça que ça démarre ; Virgile va faire appel à d'autres gros bras ; Sauveur et ses cousins fortement martelés de coups vont retourner au campement chercher des renforts.

Ça va être la panique, les assaillants ont sorti les fusils. Les vitres blindées du bar ont du mal à résister. Des gendarmes, des pompiers, les CRS, un ado a piqué un pistolet... L'affaire prend des proportions titanesques.

 
 

 

Yvan Robin, on le sent avait envie que l'on découvre la bêtise humaine et ses comportements excessifs, en même temps qu'il se libère d'un souvenir de l'adolescent qu'il était. Une femme, jeune à l'époque, était dans ce bar et m'a dit la terreur qui y régnait. Les vitres qui se fendillaient, la panique. Elle m'a expliqué qu'avec un certain nombre de clients, venus là pour s'amuser, elle s'était réfugiés dans le cloître voisin pour une nuit parmi les plus longues de sa vie. Il aurait pu y avoir des morts.
L'auteur a beaucoup interrogé, beaucoup cherché.  Dans son avertissement initial, il écrit ceci :

Bataille rangée à Jonzac...

On sent que tout est juste, les références musicales, les lieux, le nom des rues (dont certaines ont changé) et bien sûr l'action.

N'allez pas croire qu'il dénigre les Manouches. Je relève ce petit paragraphe d'apparence anodine p. 62-63 :

« Sur la barricade, ils sont une poignée à résister sous le commandement de Virgile.Saïd Lakhdari prête main forte à Didier Tessonneau. Issu d'une lignée de forains, ce dernier éprouve des sentiments contradictoires à se trouver du bon côté de la vitre.

Tzigane, lui aussi, il n'a que peu de respect pour les Manouches, qu'il considère comme la lie des Voyageurs. De véritables hors la loi. En marge de la société. Consanguins et roublards. Des voleurs de poules. Pourtant, tous portent en eux le traumatisme du Porajmos,  le génocide de la seconde guerre mondiale. Des membres de la famille du disc-jockey, du portier, des Müller, ou des Rauch ont été exterminés par le Reich. Ils sont des oubliés de l'histoire. »

De la castagne mais pas tout. D'ailleurs, le patriarche, Jojo, viendra s'excuser pour le comportement de ses gars, on ne l'écoutera pas, il ne trouvera pas l'oreille de la Carne. Scène émouvante.

J'espère que ce court roman sortira de la sphère jonzacaise. C'est rythmé, bien écrit et réfléchissez-y, on peut être confronté à ce genre de folie partout, l'actualité est pleine d'hommes qui, un jour, tuent leur voisin, pour une peccadille. De l'action, du rythme,une écriture ciselée, que demander de plus !

Il sera accessible en librairie le 21 novembre.

 

Boris le Facteur

Et je trouve la couverture superbe

 

Bataille rangée à Jonzac...

* La CDCHS, communauté de Communes de la Haute Saintonge

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