Archives

Publié par blog813

Jean-Patrick Manchette écrit contre, tout contre…
Un universitaire réunionnais  évoque Écrire contre.

                      Nicolas Le Flahec a encore frappé.
           Nicolas Le Flahec n’en a pas fini avec Manchette. Après Jean-Patrick Manchette et la Raison d’écrire, collectif codirigé avec Gilles Magniont (2017) et la préface à la réédition de L’Affaire N’Gustro (2020), il a participé, pour les éditions de la Table ronde, à l’établissement de sa correspondance (Lettres du mauvais temps, 2020), à la publication de ses chroniques ludiques (Play it again, Dupont, 2020) ou encore, avec Doug Headline, au recueil des entretiens (Derrière les lignes ennemies, 2023) – Prix Maurice Renault.
           Début 2025, il a publié sa thèse, Jean-Patrick Manchette : Écrire contre (Gallimard, Série Noire oblige), somme d’un travail considérable : il y analyse l’ensemble de l’œuvre publiée, y compris la littérature alimentaire, mon cher Watson ! – dont on apprend que c’est le nom d’un psychologue qui a contribué à théoriser le behaviorisme… Il a également mené son enquête dans les archives (Gallimard et BNF), exhumé lettres inédites et projets de nouvelles, comparé les traductions ou les différentes versions d’un même texte…
           L’essai, organisé en quatre parties, s’ouvre sur le rapport de Manchette au polar, à la fois forme de divertissement emblématique des sociétés capitalistes et instrument de critique sociale. Puis il s’attache à l’expression de l’émotion, d’autant plus forte qu’elle est tenue à distance. Viennent ensuite les relations des personnages, dans le cadre de la famille, du travail ou de la patrie, et enfin l’ambition de l’auteur de proposer une interprétation du monde, à la fois éloignée du prêt-à-penser idéologique et pétrie d’Hegel, de Marx et de Debord.
           Par son érudition considérable, Nicolas Le Flahec inscrit l’œuvre dans son contexte, dans une écriture agréable, éclairée de discrètes touches d’humour et de formules saisissantes qui synthétisent efficacement ses analyses. Si le livre reste très proche, formellement, de la thèse, il ne devrait pas décourager l’amateur de Manchette : le plaisir de lecture est réel.
           Nicolas Le Flahec achève son essai sur l’image du parang, évoqué dans La Princesse de sang, ce couteau indonésien – à moins qu’il ne s’agisse d’une ma(n)chette malaise – qui se caractérise par trois qualités de tranchant différentes, et qui permet la chasse, la sculpture sur ivoire, ou le combat. Il en fait le symbole de l’écriture de Manchette, et de ses trois fonctions, alimentaire, artistique et polémique. De quoi revivifier la métaphore « de l’écriture à l’os ». Manchette n’était pas tendre avec les chercheurs : « Je ne fais certes pas d’anti-intellectualisme a priori, mais c’est un fait que tous les universitaires actuels, stricto sensu, sont des crétins » – c’était il y a quarante ans. Par la pertinence de ses analyses et les qualités de son écriture, Nicolas Le Flahec aurait peut-être pu réconcilier l’auteur avec la critique. Le Prix Maurice Renault approche, et rien, dans le règlement de 813, n’interdit d’honorer deux fois de suite l’auteur d’un essai.
           Quant à Doug Headline, on ne l’oublie pas, il nous doit encore la suite de La Saga du Prêtre Jean.

Cédric Pérolini

      

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article