Olivier Bocquet, à propos d'Omnivore
Omnivore, Olivier Bocquet, Seuil, 2025
Quatrième de couverture :
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« UN CRIMINEL EST-IL UNE CÉLÉBRITÉ COMME LES AUTRES? Avril 2016. Plus de quatre millions de Français assistent à la diffusion en direct de l'émission culinaire La Surprise du chef. Ils y découvrent, horrifiés, que le jeune chef étoilé Karl Angus propose de la viande humaine dans son restaurant. Arrêté le soir même, il parvient à s'échapper lors de son transfert au tribunal. Là encore sous l'œil des caméras. Les capitaines William Toulouze et Rachel Kuklinski doivent rapidement le retrouver s'ils ne veulent pas que la police de Fontainebleau devienne la risée des médias. Mais quand Rita Chandler, la présentatrice de l'émission, disparaît, l'affaire prend une nouvelle tournure. Karl Angus n'a pas dit son dernier mot. Et il compte bien revenir sur le devant de la scène pour partager avec le plus grand nombre ses recettes de cuisine…» Romancier et scénariste de bande dessinée, OLIVIER BOCQUET a grandi à Fontainebleau, décor principal de ce roman et des précédents, Turpitudes et Du plomb dans la tête, tous deux aux éditions Pocket. |
Boris Lamot:
Je me suis demandé en lisant ton roman comment l'idée t'en est venue. Dans tes Remerciements, tu t'en expliques un peu : « Également, un coup de toque à Galéane Leclerc qui, en 2007, fut la seule à penser que mon scénario de court métrage intitulé Le Foie gras de connard valait quelque chose. Qui voulut même en faire une série télé ! Nous étions jeunes et fous et, avec le recul, très peu clairvoyants. Pourtant, en retombant sur ce médiocre scénario, j'y ai trouvé le germe d'un roman… » Peux-tu en dire un peu plus sur la genèse de ce terrible récit
Olivier Bocquet :
C’était juste un court-métrage gag, qui montrait sur un être humain le traitement qu’on réserve aux oies ou aux canards pour fabriquer du foie gras. À la fois gag et regard sur la torture animale, donc. C’était “la cuisine de Maïté” en légèrement pire.
Mais quand Trump est arrivé au pouvoir, j’ai été sidéré par le fait qu’une telle crapule ait pu recueillir la majorité des votes. Je me suis demandé comment c’était possible. Réponse : sa maîtrise des réseaux sociaux, de la provocation, le fait qu’il soit un bon sujet pour les médias, qui ont fini par en faire une figure incontournable. Il a su retourner la puissance des grands médias contre eux, alors qu’ils pensaient se servir de Trump pour augmenter leur audimat. Je me suis demandé comment métaphoriser ça. Comment montrer la même chose mais de manière encore plus grotesque (si possible). Et j’ai repensé à cette histoire de cuisinier cannibale. je me suis dit que dans la société d’aujourd’hui, un tel personnage pouvait réellement devenir un héros pour une grande partie de la population. Simplement parce qu’il défie l’ordre établi, qu’il est “anti-système” et provocateur. Ça suffit aujourd’hui pour avoir des hordes de fans.
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La construction d’un tel récit est complexe. Tu alternes récit au présent, le journal de Rachel Kuklinski (point de vue interne du commissariat), récit d’enfermement, et beaucoup de documents annexes : page Wikipédia, transcriptions d’interrogatoires, articles ou revue de presse, AFP, échanges sur les réseaux sociaux -même d’une minute-, notice scientifique, extraits d’émissions TV,... En fait, comment tout cela se construit-il ? Comment travailles-tu ? Fais-tu un plan détaillé, dès le début, inventes-tu au fur et à mesure ? Combien de temps t’a-t-il fallu pour écrire ce roman ?
J’ai mis assez longtemps à écrire ce livre, presque quatre ans (même si ce n’était pas du plein temps). Je me suis demandé “ Comment ça se passerait si c’était vrai? ”, et ça m’obligeait à réellement traiter l’impact d’une telle affaire sur la société. C’était ça mon sujet. Je ne pouvais pas me contenter de faire passer un personnage devant un poste de télé avec quelques phrases de commentaire d’un journaliste, il fallait que la résonance médiatique soit au cœur du livre. Mais il fallait aussi qu’on suive nos personnages, leurs trajectoires, leur intériorité, leurs relations entre eux… Et l’enquête aussi, bien sûr. Il s’agit d’un polar, quand même ! Le plus difficile a été de doser tout ça : je voulais donner ce sentiment de submersion qui peut nous atteindre quand la sphère médiatique s’empare d’un fait divers jusqu’à la nausée. Mais sans pour autant décourager la lecture ni perdre les enjeux personnels. Il y a un chapitre constitué uniquement d’articles de journaux, je sais qu’il y en a trop, que certains lecteurs vont lire ça en biais. On a eu cette discussion avec mon éditrice, on a décidé de le laisser tel quel. Ce trop plein, c’est exactement le sentiment qu’on veut faire passer à ce moment, et tant pis (ou tant mieux) si les lecteurs décident de zapper ce chapitre pour passer directement au suivant.
Une grande difficulté dans ce livre, ça a été de capturer le ton de tous ces médias différents, ça m’a demandé un très gros boulot de lecture, d’écriture et de réécriture pour pasticher sans caricaturer…
Pour le reste, l’intrigue elle-même, les personnages, l’avancée de l’enquête… Il y avait un plan d’ensemble, mais pas très détaillé. Je sais toujours où je vais, il y a des jalons qui sont posés, mais le chemin que je vais emprunter pour aller de jalon en jalon est très flou. Je n’ai pas de mal à passer d’un personnage à un autre, à faire ce qu’on appelle un “roman choral” c’est même une façon très naturelle pour moi d’écrire. Quand j’ai terminé un chapitre, ce que j’ai à raconter dans le chapitre suivant dicte le point de vue. J’en ai fini avec Rachel, maintenant pour que l’histoire avance il faut que je suive Rita, ou Toulouze… Si je n’ai pas besoin de changer de personnage, le plus souvent je n’ai pas besoin de changer de chapitre. Et chaque personnage ayant un rapport au monde différent, les chapitres ont aussi un ton, un vocabulaire, une ponctuation différents. Il y a parfois des subtiles nuances que j’ai dû préciser à ma correctrice pour qu’elle les respecte et n’y voie pas une incohérence de ma part. Honnêtement, je crois que ça passe complètement au-dessus de la tête de la plupart des lecteurs, mais pour moi c’est important. Sur mon prochain roman, je me suis lancé dans quelque chose de plus classique, en m’accrochant au point de vue d’un personnage principal… Je galère tellement que je suis en train de transformer ce roman à une voix en roman à trois voix. C’est vraiment ma façon d’écrire.
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En fait, tu as répondu à ma question suivante, elle concernait les pastiches (que je trouve fortiches) d’articles de presse ou de magazines télé. Ça a dû, en effet, te demander un gros travail pour qu’on croie à des originaux mais tu as dû y prendre du plaisir. Ma faute je n’ai qu’à pas poser trois questions au lieu d’une seule ◄|:—).
C’est un travail très particulier, de se mettre dans la peau d’un journaliste du Canard Enchaîné, du Parisien, de Closer ou de Valeurs Actuelles. De reproduire un débat radiophonique entre deux philosophes ou entre trois polémistes… Ou d’imaginer les blagues que feraient des comédiens de stand-up américains. Au départ, c’est vraiment grossier, je me fais plaisir, j’y vais à fond… je me prends à trouver que c’est vraiment mon meilleur travail. Et je laisse reposer. Et je relis, et je trouve ça raté, caricatural, forcé, poussif… Alors j’affine. Je suis revenu sur ces passages tout au long de l’écriture du livre. J’ai dû faire au minimum une douzaine de versions de chacun d’entre eux, parfois juste pour changer un mot ou supprimer une phrase. Et j’en ai foutu plein à la poubelle ! C’est finalement assez démesuré comme boulot par rapport au reste de l’écriture mais, même si ça doit représenter moins de 10% de la pagination, c’est la raison d’être de ce bouquin. Et j’ai choisi de démontrer mon propos plutôt que de l’expliquer.
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Une question maintenant à propos des personnages, aucun n’est parfait, tous ont une tare psychologique (et pas que l’anthropophage) ou un défaut physique. Toulouze est trop coincé par des tas d’incompétence et sa rigueur. Rachel a peur pour son bébé, Rita est une sorte d’influenceuse victime proche du syndrôme de Stockholm mais qui sait rendre les coups, nous reparlerons de Kevin ultérieurement, et je passe sur le procureur, la commissaire… C’est ta marque de fabrique ou bien c’est spécifique de ce roman-ci ?
Je ne sais pas si c’est une marque de fabrique, je pense au contraire que beaucoup d’écrivains et d’écrivaines fabriquent des personnages “imparfaits”. Même si souvent, en particulier dans le polar, les imperfections peuvent être stéréotypées. Toulouze n’a pas de problème d’alcool ou de dépression, il n’a pas d’ado suicidaire ou droguée, il n’est pas blasé par la vie. Il a juste un problème de confiance en lui et un slip qui le serre trop. Ce sont des problèmes auxquels on peut tous s’identifier. Ça fait un être humain plutôt qu’un archétype. Je connais des flics de province. Ce sont des gens normaux, qui font des barbecues le week-end, qui ont des problèmes conjugaux classiques, qui aident leurs enfants à faire leurs devoirs, qui galèrent à monter des étagères… Pourquoi devraient-ils tous ressembler à des flics de polars américains des années 50 ?
Comment est-ce que je construis le personnage de Rita ? Elle est progressivement gagnée par le syndrome de Stockholm. D’accord. Maintenant, comment ça fonctionne exactement ? Quelles sont les causes, les manifestations de ce syndrome ? Et surtout, comment Rita l’analyse-t-elle ? Car à chaque étape de l’écriture je me demande : “ et si c’était vrai ? ” Eh bien si c’était vrai, Rita Chandler aurait forcément entendu parler de ce syndrome, et pourrait donc le voir naître en elle, et tenter de lutter contre. Ça en fait un personnage en constant déséquilibre, mais aussi un personnage réaliste. On ne sait jamais de quel côté elle va tomber.
Disons que je n’aime pas livrer mes personnages tout cuisinés. On les découvre à l’état de pâte crue, et le roman fonctionne comme une cuisson lente. Petit à petit la pâte lève, puis cuit, puis une croûte se forme. Alors seulement vous pouvez avoir une idée complète du personnage. J’ai eu quelques lectrices qui m’ont avoué qu’elles étaient charmées par Karl Angus, qui est pourtant un meurtrier cannibale. Pourquoi ? Parce qu’elles ne connaissaient de lui que ce qu’il consent à montrer. Son image publique. Celle qui fait qu’il devient un personnage médiatique adulé. Mais quand on finit par voir ce que ça signifie concrètement d’être cannibale, tout le monde redescend sur Terre. Je suis plus intéressé par les trajectoires des personnages - et surtout par la façon dont on les ressent en lisant le livre - que par les coups de théâtre de l’intrigue. Je crois que ça fait des livres qui restent plus longtemps en mémoire.
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Puisqu’on parle de Kevin, je voulais dire un mot de l’humour : le chauffe-couille de Toulouze et cette description du fameux Kevin. Je me suis vraiment bidonné… Je suppose que ça aide à prendre un peu de distance…. Un petit mot sur ce sujet ?
Attention, je n'ai rien contre Kevin, le pauvre... C'est un gardien de la paix en début de carrière, il arbore un pâle duvet en guise de moustache, ses oreilles, très rouges, sont comme des antennes paraboliques et son visage présente des restes tenaces d'acné... Disons qu'il ne peut que progresser. Déjà s'il pouvait fermer la bouche de temps en temps plutôt que de la laisser entrouverte, ce serait un plus. Les candidats pour être flic sont de toute façon tellement rares que les recruteurs ne peuvent pas se permettre de sélectionner. L'année dernière, il suffisait d'avoir 6/20 de moyenne pour réussir le concours d'entrée. Et hop ! Kevin est arrivé dans nos vies ! (J'abuse, je ne connais pas ses notes, je ne lui ai jamais vraiment parlé, je suis juste méchante gratuitement dans mon journal, mais dans la vraie vie je reste très polie avec lui. Je ne lui fais quand même pas la bise, mais un petit bonjour de temps en temps, oui.)
En tout cas, quand lui et Judith (et un troisième qui était au volant mais personne ne s'intéresse à lui, il est resté dans la voiture, on s'en fout), quand Kevin et Judith, disais-je, sont arrivés devant le tribunal de Melun et ont vu tous les micros, caméras et appareils photos braqués sur leur voiture, ils ont été pris au dépourvu. Le procureur avait pu faire envoyer à la dernière minute quelques hommes pour tenter de contenir la foule, mais Judith était très nerveuse. Kevin, lui, essaie de nous faire croire qu'il était cool comme un Terrier, c'est ça mon poussin, on y croit. Le prévenu (a.k.a. mon voisin cannibale) était agité, il ne voulait pas qu'on le filme avec des menottes, il disait que ça allait nuire à son image. Kevin a eu un petit déraillement de gorge en racontant ça (c'est sa façon de rire) et j'avoue qu'on a rigolé aussi. Le mec a été vu par des millions de spectateurs en train de transporter un cadavre et de faire bouillir des têtes, mais il s'inquiétait pour son image !
Et c'est là que Judith a déconné, puisque selon Kevin elle s'est laissé convaincre de retirer les menottes. Comment. Karl s'y est-il pris ? Aucune idée, Kevin est assez vague, il dit juste que Judith a eu pitié. Je sais que Karl a de la tchatche et une belle gueule, ça semble avoir suffi. Enfin il ne l'a pas convaincue de retirer totalement les bracelets, mais de lui attacher les mains devant plutôt que dans le dos, afin qu'il puisse tenir un blouson sur sa tête et qu'on ne filme pas son visage. Judith était à l'avant sur le siège passage, et Kevin était à l'arrière avec Karl. Elle a demandé à Kevin de détacher-rattacher les menottes et il a obéi. A priori il ne sera pas trop inquiété, obéir à un supérieur est rarement mal vu dans la profession. Mais le menottage à l'avant, c'est contre toutes les pratiques. Il doit être réservé aux suspects qui souffrent d'une blessure ou d'une incapacité à tenir leurs bras dans le dos.
J’en reviens à ce dont je parlais précédemment : tout est une question de point de vue. Cette première description de Kevin n’est pas celle que j’aurais écrite si j’avais utilisé un narrateur omniscient. C’est le regard de Rachel sur ce Kevin, et c’est raccord avec sa façon de voir le monde en général. Elle aime bien se marrer, et bicher gratuitement. Mais quand plus tard je me place en narrateur omniscient après que Kevin a été éconduit par sa supérieure, on voit le personnage de l’intérieur, on découvre une blessure, et le ressenti change totalement. Et quand il revient lors d’un moment crucial de l’histoire, le lecteur ne peut que constater qu’il avait sous-estimé ce petit gars (et Rachel aussi). J’avais procédé de la même façon dans “Du plomb dans la tête”, qui introduisait le personnage de Toulouze. Tous les lecteurs, toutes les lectrices qui font connaissance avec ce personnage le considèrent comme un loser. Lui-même se considère comme un loser. Et pourtant, au fil de la lecture, on est amenés à le connaître, à le reconnaître, à l’apprécier, voire à l’admirer.
Peut-être que ce qui se distingue dans mes personnages, plus qu’une folle originalité (après tout, Rachel souffre de stress post-traumatique, comme 50% des flics de fiction) c’est la façon que j’ai de décrire leurs imperfections. Il se trouve que souvent, c’est assez drôle. Dans le cas de Toulouze, il suffit d’énoncer ses insuffisances et la façon dont il les vit pour qu’on sourie. Il n’y a aucun effort de ma part pour être drôle, c’est juste inévitable. Il n’y a pas un chapitre ou un paragraphe que je commence en me disant “ah, là, on va se marrer”. Mais je ne m’interdis jamais l’humour qui, comme dans la vie, peut arriver de manière totalement inattendue. Je suis ouvert à cette possibilité dans la fiction comme dans la vie. Et je dirais même qu’un livre sans humour applique une simple convention littéraire qui n’a rien à voir avec la vie réelle. Il y a une sorte de prime au sérieux, au sombre, voire au misérabilisme qui me semble très injustifiée. En ça, je suis très heureux que des auteurs comme Pierre Lemaître ou Daniel Pennac aient un tel succès. Ils prouvent livre après livre qu’ils savent mêler tragédie et légèreté, sans que les deux soient incompatibles.
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Une autre citation
Zapping
Vous ne trouvez pas ça hypocrite, vous, Émilie ? Tout le monde condamne ces vidéos mais en coulisses on clique, on regarde, on partage...
— Évidemment que c'est hypocrite ! Mais enfin, c'est toute la société qui est comme ça. On fait semblant d'être outrés tout en étant obsédés par l'interdit. C'est comme pour la pornographie, personne n'est pour l'exploitation sexuelle et pourtant les sites pornos marchent du tonnerre ! Et qui les fréquente ? Demandez à vos parents s'ils regardent du porno !
- Ha haha, non merci !
- Demandez à votre boulanger, à votre patron, à votre banquier, à votre conjoint, même... Ils regardent des séries, ils regardent le foot, ils regardent les infos. Mais du porno ? Personne n'assume !
- Ah, moi je n'y vais jamais. Pornographie vous dites ? Jamais entendu parler !
- Moi non plus, je vous rassure !
- Cela dit, avec Karl Angus ce n'est pas tout à fait pareil, c'est même un peu l'inverse : tout le monde a regardé, et tout le monde en parle.
- Moi ce que je crains surtout c'est que ça donne des idées à des gens influençables.
- Ah ça y est ! La tarte à la crème de la violence sur les écrans qui engendrerait la violence dans la réalité. C'est une théorie qui revient sans cesse mais n'a jamais été démontrée,
- Dans la tuerie de Columbine, quand même, ça a joué un rôle...
- Je peux vous assurer que Gilles de Rais n'a jamais vu le moindre film ni joué au moindre jeu vidéo.
- Vous pouvez nous rappeler qui est Gilles de Rais ?
- Le premier tueur en série français. C'est un seigneur du Moyen Âge qui a zigouillé plus d'une centaine d'enfants.
- Ah oui, quand même !
Sans filtre - I-Télé
Il me semble qu’on est là au cœur de ton propos, ce que tu as exprimé plus haut : “ ce sentiment de submersion qui peut nous atteindre quand la sphère médiatique s’empare d’un fait divers jusqu’à la nausée ” l’hypocrisie du scroller lambda, internaute qui se croit tout permis pour intervenir sur tout pour dire n’importe quoi, voire des horreurs, des menaces de mort, bien sûr tranquillement à l’abri de son avatar … Un petit mot à ce sujet ?
Je ne parlerais pas d’hypocrisie. Je crois qu’on est tous autant victimes que complices du système. Bien sûr, je ne fais pas partie des trolls qui utilisent l’anonymat d’internet pour harceler, menacer, juger, ou même donner mon avis publiquement. Tu pourras voir mes interventions sur les réseaux, elles sont très rares et en général très loin de l’actualité brûlante du moment. Mais comme tout le monde, il m’arrive de passer trop de temps à scroller, et à me vider le cerveau. Alors que ce cerveau, je devrais le remplir ou l’utiliser pour des choses productives ou juste le laisser se reposer. Et comme tout le monde, il m’arrive encore d’adopter un avis définitif sur un sujet dont j’ignorais tout quelques minutes auparavant, simplement parce que quelqu’un que je ne connais pas a résumé son avis de manière convaincante en moins de trente secondes ou quatre slides sur Instagram. J’ai encore un reste de méfiance qui finit par m’ouvrir les yeux - parfois à retardement - sur ces innombrables arnaques intellectuelles, mais pour combien de temps ? Est-ce que je vais devenir le mouton que les puissants espèrent que je devienne ? Mes seules protections contre la disparition totale de ma personnalité, c’est de ne pas avoir les réseaux sociaux sur mon téléphone et, le plus possible, de ne pas être dans la même pièce que mon téléphone. De lire des livres. Des articles de journaux approfondis. Mais est-ce suffisant ? Probablement pas. Je suis quand même rattrapé. J’ai vraiment l’impression qu’on est tous en train de lutter pour ne pas devenir des zombies, mais qu’on n’est pas du tout certains d’y arriver. Et pour répondre à ta question : oui, c’est tout ça qui a été le moteur pour écrire Omnivore.
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La dernière question, c’est celle que je ne t’ai pas posée, si tu veux ajouter quelque chose, ne te prive pas.
Peut-être, comme c’est un sujet dont on parle en ce moment, te demandes-tu si la fermeture des librairies et la crise du livre sont des choses qui m’inquiètent. Réponse oui. Elles m’angoissent au plus haut point, et j’en vois l’impact très concrètement dans la baisse de mes revenus. Je vis depuis des années uniquement de l’écriture de BD et de romans. Je suis en train de songer à changer de métier. Ou en tout cas à m’orienter vers l’écriture pour la télévision ou le cinéma, comme j’ai pu le faire par le passé. Je crains que la seule vente de mes livres ne suffise plus à me nourrir, et ceci dans un avenir très proche. Pardon de terminer sur cette note pessimiste !
Tu as raison, l’avenir des écrivains est menacé ; certains ont demandé un salaire minimum, mais non. En plus, les sénateurs ont évoqué la suppression du CNL. Ce monde m'inquiète aussi.
Merci pour le temps passé à répondre à ce questionnaire. Ce fut très agréable. Et bravo pour ce roman qui m’a enthousiasmé.
Boris
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