Le Noir dans le cinéma; à voir ou à revoir
Bonsoir ch(è)r(e)s ami(e)s du noir,
Je poursuis mon étude des Films noirs passés ou récents, oubliés ou encensés:
Le noir dans le cinéma (28). Le Film noir, Fais-leur vivre l’enfer, Malone (2009), du réalisateur de série B, Russell Mulcahy, avec la très belle Elsa Pataky et Thomas Jane, nous offre un hommage aux pulps des années 40.
En effet, tout est résumé dans le titre pour ce qui est de l’action. Tous les usages sont respectés : la violence dès le début, la narration à la première personne en voix-off, et les personnages de ce genre dès le générique : le privé (Malone au nom mythique /Thomas Jane) avec chapeau, imper et gros flingue, dur à cuire, aimant les alcools forts, les vieilles bagnoles et vivant dans un taudis avec son chat, Les Tueurs : à l’ancienne avec un code d’honneur ou complètement psychopathes. Et enfin, la Femme Fatale (rouge à lèvres) : Evelyn/ Elsa Pataky : robe noire, imper rouge, chaussures noires à talons, qui joue un double jeu pour se révéler superbe dans l’avant-dernière scène et en mourir.
Ne pas oublier la bande-son avec un saxo jazzique dès la scène d’ouverture du film.
Tout reposera sur les caïds et la réputation d’un Malone qui aurait vu toute sa famille périr sous ses yeux et qui arracherait donc le cœur de ses ennemis depuis. Jusqu’à l’affaire d’une mallette et de son contenu qui déclenchera le film et la mort de son associé.
Mais, Malone reste un éternel solitaire, au petit matin, dans la ville américaine.
À voir.
Le noir dans les films de gangsters (29). Le film CULTE Miller’s crossing (1990) des cinéastes indépendants, les frères Jöel et Nathan Cohen (Fargo), nous présentent un film unique, original à l’atmosphère et aussi aux couleurs brumeuses, automnales.
C’est l’histoire d’un chapeau ou plutôt de l’homme, Tom Reagan/Gabriel Byrne magnifique, marginal, indépendant et très intelligent, qui refuse de porter le chapeau. Dans les années 30, dans les clans de la maffia irlandaise, italienne ou juive, tout le film et le directeur de la photo (Barry Sonnefield) illustrent ces hommes en suivant la lumière des chapeaux des personnages : dans l’ombre ou en pleine lumière, avec le regard ou sans les yeux. Ce chapeau élégant qui apparaît dès la deuxième séquence, qui s’envole dans une forêt automnale (le Miller’s crossing du titre) et tous les vêtements du film seront élégants pour dessiner cette époque.
La B.O., swinguante. Dès le premier plan où l’on verse du whiskey dans un verre, le spectateur a le ton du film. Dans cet univers d’hommes, les caïds parient sur des matchs de boxes ou des courses hippiques truqués. Dans ce film, on se cogne, on se fait tabasser, on fume, on descend des bouteilles de whiskeys, on se trahit, on joue des mitraillettes, la pègre arrose les politiques et la police (un caïd se met dans le bureau du commandant de police) et les décors sont Arts Déco.
C’est la guerre des gangs car la Femme Fatale est à l’origine de cette guerre. Elle se bat. Verma/ la très belle actrice Marcia Gay Harden, cherche l’amour, même si elle avoue être un monstre comme son amant le flambeur Tom, son histoire s’arrêtera en télé-objectif, sous la pluie, seule, pour épouser, pour continuer à survivre, un homme qu’elle n’aime pas.
Quant à Tom, l’homme au chapeau, le film se finira en gros plan sous le chapeau avec son magnifique regard et son costume sombre. Seul. Mais, survivant lui aussi.
À voir et revoir !!!!!
Le noir dans le Film jazz (30). Le chef-d’œuvre choral, oublié et autobiographique, Kansas City (1995-Ciby 2000), de feu le grand réalisateur Robert Altman, nous invite à suivre la balade sauvage d’un couple de marginaux (formidable Jennifer Jason Leigh en Blondie) qui déraille, fait sur place, entouré de gens qui ne sont pas de leur milieu et tel un morceau de jazz (avec sa joie puis son blues) finit fatalement dans le Noir.
Nous sommes dans le Missouri, en 1934, à Kansas City, ville de naissance de Robert Altman (gare, clubs et rues reconstitués) où le jazz règne. C’est un jour d’élections sous Roosevelt et son New-Deal, le vote des femmes, en pleine Dépression, où les riches et les pauvres, les Noirs se côtoient sans se rencontrer, hormis le déraillement de Blondie.
La battle du jour, au Hey Hey Club, et de la nuit /jazz oppose Lester Young à Coleman Hawkins et va rythmer tout le film, de la joie du band au blues des contrebasses. On y rencontre aussi Count Basie et le jeune Charlie Parker. Jusqu’au morceau final, où le caïd noir compte et gagne son argent après avoir fait tuer, Solitudine de Duke Ellington que la gouvernante d’Altman lui avait fait découvrir.
Tous les codes du Film noir sont présents : hommage au cinéma des années 30 (Jean Harlow, coiffure de Blondie hypnotisée par l’écran), cheveux courts pour l’héroïne, rouge à lèvres, alcools, drogues, enlèvement, exécutions, caïd au gros cigare, Pègre noire en costume et chapeaux élégants et tueurs blancs.
Dans cette improvisation (ce n’est pas Bird d’ Eastwood ou Miller’s crossing des Cohen), cet amour braque se terminera donc par la Solitudine au petit matin quand Parker dort et où « tout est rentré dans l’ordre ».
À voir et revoir !!!!!
Le noir dans le Film d’escrocs (31). Hommages. Le film oscarisé de buddy movie L’Arnaque (1973) du réalisateur culte George Roy Hill avec les feux magnifiques maître et élève : Paul Newman (L’arnaqueur, La couleur de l’argent, Luke la main froide et Le Verdict) et Robert Redford (Gatsby le Magnifique, Le Meilleur et La légende de Bagger Vance) nous présente un film qui se déroule dans les années 30, durant la Dépression, une reconstitution d’époque (les costumes, les belles voitures, les quartiers riches et pauvres de Chicago) où deux hors-la-loi moraux (Gondorff et Hoocker) montent une arnaque pour « se venger » d’un caïd.
Dès les premiers plans du film, on voit la misère des américains obligés, par exemple, de se mettre des journaux dans leurs chaussures trouées. La Dépression est terrible et seuls les parieurs semblent s’en tirer.
L’idée géniale du film est d’avoir monté toute cette œuvre sur un ragtime de Scott Joplin (1910) qui commence le film et où tous ses morceaux d’antant, ironiques, illustrent sans parole l’intrigue selon un schéma de comics strip des années 30. En effet, le côté vintage est accentué par les cartons dessinés qui chapitrent le film. Et enfin, tout se termine par un focus comme dans les « vieux films ».
Tout ce chef-d’œuvre est un hommage aussi à ces années : les alcools (whisky), les pubs, les affiches de match de boxe, les drugstores et les « gorilles ». La Femme Fatale, tueuse, sera d’une beauté commune et tentera d’apporter la mort.
Un film humaniste, pour finir, qui loue l’amitié et la justice même s’il s’agit d’escrocs et de toute leur organisation.
À voir et revoir !!!!!!
TRES BELLE LECTURES A VOUS,
Marc Andriot,
Romancier Graphique du Neo-Noir
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