Hommage à Rémi Schulz, ancien de 813 et avant tout OuLiPien
« Bonjour à tous,
Je viens d'apprendre, par sa fille, la mort de Rémi Schulz.
Rémi, qui avait publié en 2000 un très curieux roman (Sous les pans du bizarre) dans la série Pierre de Gondol s'était, depuis longtemps déjà, éloigné de "813" comme de presque tout ce qui avait fini par lui paraître étranger. Il y a tout juste un an avait commencé pour lui une période moralement très difficile, et il avait cru et aussi "voulu" disparaître à une date qui l'obsédait depuis des années, avant de connaître ce qu'il appelait une "rémission". Après un silence de plusieurs mois, il m'avait tout récemment (le 27/4) contactée par mail me disant qu'il allait mieux, et par ailleurs il semblait, m'a-t-on dit à l'instant, être actif sur la liste de l'Oulipo. Il est mort d'une crise cardiaque et ses obsèques auront lieu le 13 mai. J'enverrai moi-même un texte sur Rémi dont sa fille pourra donner lecture ce jour-là : si d'autres veulent dire quelques mots sur lui, je transmettrai.
Dominique Poitelon-Chauveau (801)" »
Presqu'une semaine s'est écoulée depuis cette mort subite. J'attendais que Dominique me communique son texte hommage. Avec humour elle écrivait ceci : « Je pense que sa "mort un peu réchauffée" , à ce que je vois aussi, l'aurait finalement assez amusé (peut-être voit-il tout cela, de là où il est ?) ! »
J'ai reçu son texte aujourd'hui, d'où ce décalage. Le voici ▼
Dominique Poitelon-Chauveau 9 mai 2026
Mort de Rémi Schulz
Rémi n’avait pas d’interlocuteur : aucun qui soit à sa mesure, dans les étranges domaines qui seuls lui importaient, ni d’ailleurs d’opposant à sa guise, à son impatiente guise, pour tout ce qu’il déclarait très vite nul et sans intérêt, même et surtout quand il s’agissait des experts des domaines concernés, qui n’avaient rien compris, par exemple au « nombre d’or ».
Quand on tentait ou espérait pouvoir faire un pas vers lui, en se risquant dans les territoires en question, son approbation était fort rare, et s’il faisait parfois un effort pour, de lui-même, faire un pas vers vous, son intérêt poli ne tenait le plus souvent que quelques minutes, avant le couperet d’un jugement sans appel.
Une telle description, cependant, pour qui ne l’aurait pas connu, inciterait, et très injustement, à l’imaginer égaré par un orgueil démesuré … or ce n’était évidemment pas le cas de cet homme finalement toujours un peu triste, amical, généreux, solitaire dans ses pensées, curieusement nostalgique d’une famille dont il parlait peu, alors qu’elle comptait, jadis, des personnalités remarquables, comme le peintre Jean Souverbie.
Rémi était déconcertant … ne serait-ce que par son étonnante capacité de travail : il a, et jusqu’à peu de jours avant sa mort, été capable de produire de longs textes argumentés, cohérents, bien écrits, pourvus d’illustrations pertinentes, pour tâcher de faire comprendre, aux béotiens qu’il voulait humblement instruire, ce qui comptait vraiment pour lui … ce qu’il avait compris, lui seul, dans tel conte de Borges, ou dans la construction de tel polar, dont il jugeait l’intrigue très secondaire, mais dont les chapitres (encore mieux si l’auteur les avait numérotés) formaient, à son gré, des structures chiffrées de façon irrésistible s’il pouvait les réduire à certaines opérations dont le total lui était « essentiel » et qu’il vérifiait et « retrouvait » (pour juguler sa qualité particulière d’angoisse) avec une si consolante régularité.
Ces dernières années, toutefois, voyant avec désespoir que son travail, quoiqu’admiré, n’était pas « reconnu » comme il pensait devoir l’être, il revenait et revenait encore, sur son blog, sur les mêmes exemples, sur les mêmes suites d’arguments, sur les mêmes références, et finissait par donner l’impression de tourner en rond, de « ressasser » comme il l’a dit lui-même … pour espérer triompher de ce qu’il ressentait comme une impuissance, tout à fait incompréhensible, à faire entendre ce qui lui semblait, à lui, primordial, selon les difficiles critères de sa si singulière intelligence.
Rémi n’était, bizarrement, pas tant fasciné par la mort que par ce qui pouvait immanquablement y conduire … mais à quoi, justement, il ne voulait pas croire.
Ainsi, il y a une douzaine d’années, il s’en était un peu trop approché, en se fiant, son jugement soudain suspendu par la force impérieuse de son goût de la contradiction, à une sorte de gourou qui prétendait prouver à ses adeptes (position qui pourtant convenait si peu à Rémi !) qu’il était, en fait, facile et sans péril de se priver totalement de nourriture et d’eau pendant des semaines ou davantage.
En souvenir de cet épisode, Rémi n’était cependant pas content si on doutait fermement de la mystique sincérité de la célèbre Marthe Robin, dont la cause de canonisation paraît, au Vatican, légèrement compromise désormais … ce qui n’altérait pas, semble-t-il, la confiance qu’il accordait aux quelques hosties censées avoir assuré, seules, la longue survie de celle-ci.
Rémi était-il alors un croyant convaincu ? … bien difficile à croire le connaissant !
L’hébreu ancien lui était absolument nécessaire pour ses calculs, puisque les lettres de son alphabet sont aussi des nombres, dont il usait avec virtuosité, démontrant volontiers ses « découvertes » avec des exemples tirés de la Bible hébraïque … sans négliger d’ailleurs les Evangiles.
Mais, dans les territoires qu’il ne cessait mentalement d’explorer, le « sacré », qu’il côtoyait souvent, n’était qu’un parmi d’autres, simplement propice à illustrer ses déductions.
Rémi chiffrait depuis toujours sa vie.
Ce « littéraire », cet écrivain, était fou de chiffres et de codes, opposant trop fréquemment à ses lecteurs un mur de numérologie, empêchant régulièrement ceux-ci d’accéder paisiblement à ce qu’il apportait d’original et d’unique.
Son prénom même avait fait l’objet de sa manie de permutations : pour sa famille proche, « Rémi » s’était, depuis des décennies, transformé, quatre lettres moins une, trois lettres restantes plus une, en une tout autre désignation, et quand ses amis, rencontrant pour la première fois sa femme Anne-Marie, entendaient celle-ci l’appeler « Eric », sans avoir été prévenus de cette identité alternative, ils avaient un instant d’émoi …
Anne-Marie a été l’âme sœur et le « pilier » de Rémi, et sa mort, après des années de souffrance qu’il avait partagées avec elle, plein d’un dévouement admirable, a brisé Rémi.
La solitude où il a finalement choisi de s’enfermer, même si la peuplaient théoriquement Maurice Leblanc et son Arsène Lupin, Virgile, Carl-Gustav Jung, Ellery Queen et ses deux auteurs, Borges, Rabelais, Perec ou, qu’il jouait et transposait, Bach et son ombre tutélaire … a eu brutalement raison de son cœur.
Un beau texte, de quelqu'un qui l'a connu de plus près que moi qui ne l'ai jamais rencontré physiquement, même si nous avons beaucoup échangé.
René Barone s'est rappelé que Rémi Schulz avait cité un texte où un personnage s'appelait René Barone, justement. J'ai retrouvé un message de Rémi me demandant l'adresse de René pour lui faire suivre son texte, il date de 2025.
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«De : Remi Schulz
Salut Boris, j'ai trouvé une vieille nouvelle de Pierre Boulle où un Barone est suspecté d'un meurtre en chambre close, ça devrait lui plaire. Salut et merci. rémi »
D'ailleurs,René se souvenait très bien de cet échange :
« Bonjour
C'est aussi très farfelu, mais plutôt distrayant. La nouvelle centrale m'a retenu, Une mort suspecte. La danseuse Fedora Tchecoff est trouvée morte dans sa chambre d'hôtel fermée de l'intérieur, à la fois empoisonnée, poignardée, asphyxiée, pendue et percée de deux balles.
Le seul suspect est son amant El Barone, dans la chambre voisine, mais comment aurait-il pu faire ?
C'est ce nom Barone qui m'a retenu. J'ai été pendant 10 ans membre de l'association 813 des amateurs de polar, jusqu'à ce que les partisans du roman noir y prennent trop d'importance. Il y avait néanmoins des amateurs du bon vieux roman d'énigme, notamment le Marseillais René Barone, lecteur fervent comme moi de Paul Halter, spécialiste des chambres closes.
Voici ce que j'ai écrit sur la liste après avoir reçu la triste nouvelle :
Je dois avouer que j'ai été incapable d'insérer son texte dans le projet
Nous avons évoqué le chiffre 813 sur lequel il avait travaillé... Voici le message contenant un lien (effectif) vers son travail. Vous noterez qu'il avait envoyé ce message à Jibé Pouy et moi
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10 oct. 2012 17:59
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Une nouvelle mirobolante aventure du nombre 813 :
http://blogruz.blogspot.fr/201
biz
rémi
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10 oct. 2012 17:59
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Une nouvelle mirobolante aventure du nombre 813 :
http://blogruz.blogspot.fr/201
biz
r
Le 7 août 2011 08:54, remi schulz <remi.schulz@club-internet.fr> a écrit :
Cher Boris,
Mon dernier billet Blogruz concerne une ville qui a eu 8 rues Ouest et 13 rues Est :
http://blogruz.blogspot.com/2011/08/philadelphia- exphiriment.html ►je relève, avec intérêt ceci : «Publié par blogruz à l'adresse 08:13 » , ne dis pas que tu ne l'as pas fait exprès....
Et le 5/8 date de publication n'est pas non plus innocent, pour la division 5-8 NS, mais c'est un hasard d'avoir trouvé ça 2 jours plus tôt.J'ai trouvé depuis un plan de métro actuel, soulignant que les 8-13 blocs constituent bien l'ossature philadelphienne.Et je me suis souvenu de ceci, qui pourrait démontrer que la signature de la Déclaration d'Indépendance à Philadelphie était prévue depuis belle lurette :
Gen 1:3 And God said, Let there be light: and there was light. 813 Gen 1:4 And God saw the light, that it was good: and God divided the light from the darkness. 1776 Ce sont les gématries des versets hébreux (il y a 8 mots hébreux dans 1-3 : Et dit dieu "soit lumière", et lumière est.)Je suis néanmoins toujours athée.
Boris le facteur
Si le monde est plus bizarre que quiconque ne peut l'imaginer, comme le dit le philosophe, allons y voir.
Pour retrouver Rémi Schulz et son travail ▲
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