Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par blog813

La découverte d’un immense talent
Notre ami Bruno le Mulot que vous connaissez pour ses topos sur les sorties mensuelles grands Formats a eu un vrai coup de ♥ pour ce roman paru chez la maison d'édition des Sylvain, l'Atelier Akatombo, sous la plume de Akio FUKAMACHI, traduit du japonais par  Jacques Lalloz. Il a accompagné son texte de ce petit mot :

Bonsoir,

Je vous mets ci-dessous ma chronique du roman d’Akio FUKAMACHI que je viens de mettre en ligne sur mon site. Elle est bien longue par mail, j’en suis désolé, car écrite pour mon blog. C’est vrai que je fais un peu plus court habituellement, mais j’ai tellement aimé ce livre 😉

bien amicalement ,

Bruno

 

Pour lire directement la chronique :

On a habituellement du Japon, la vision d’un pays policé, où les gens sont disciplinés, respectueux des règles et durs à la tâche.  Parmi les images d’Épinal que nous avons aussi de ce pays, il y a celle des Yakuzas.

Mais avouons-le, connaissant mal la culture japonaise, l’idée que nous nous en faisons est assez folklorique. Des durs et des trafiquants sans aucun doute, mais bien moins dangereux que les mafieux d’Italie et d’Amérique. Sans doute l’influence de la multitude de films et de séries qui ont ancré bien profondément dans notre esprit qu’il n’y a de véritables pègres que chez nos voisins transalpins et outre-atlantique.

Alors je vous invite ardemment à vous plonger dans la lecture du roman d’Akio Fukamachi « les Chiens enragés » pour prendre la mesure du phénomène Yakuza au pays du soleil levant et vous rendre compte qu’en matière de violence, les caïds japonais n’ont rien à envier à leurs confrères occidentaux.

Il s’appelle Shôgo Kanetaka. C’est un tueur. Un homme de main du gang Kôzu affilié à la fédération du Tôshô de Tokyo qui a rapidement gravi les échelons de l’organisation. Avec son partenaire Hideki Murooka il revient d’Okinawa où ils sont allés traquer et débusquer un dirigeant renégat qu’ils ont torturé et éliminé.

Guerre entre gangs, tentatives de prise de contrôle d’une fédération sur une autre, chacun avance ses pions sur l’échiquier de la pègre japonaise.

Les rivalités entre yakuzas ne sont pas rares, et même si parfois des soubresauts d’un ancien conflit peuvent surgir à chaque instant, quand les hostilités éclatent, elles se terminent bien souvent par l’extermination pure et simple de l’adversaire.

Cette fois-ci encore, la mission accomplie par Shôgo Kanetaka rehausse son prestige auprès de ses chefs. C’est grâce à ce travail d’exécuteur des basses besognes de son clan qu’il progresse dans la hiérarchie de celui-ci.

Mais être un membre éminent d’un gang c’est aussi vivre une tension extrême et permanente pour être capable à chaque instant de faire face à toute éventualité.

Le seul moment où Shôgo Kanetaka arrive à se détendre un peu et décompresser, c’est lorsqu’il se rend chez la vieille Noriko Kinugasa où cette dernière lui prodigue des massages apaisants. C’est là qu’il peut se relâcher et laisser tomber le masque, et retrouver pour un temps sa véritable identité.

Car Shôgo Kanetaka s’appelle en fait Goro Idekuzi, et c’est un policier. À part son amie Noriko et son supérieur Akai, personne ne sait qu’il a infiltré la pègre depuis plusieurs années.

L’objectif de Goro, c’est de s’approcher le plus possible de la tête de la fédération Tôshô, gagner la confiance de son leader Yoshitaka Taoke  pour ensuite l’abattre et mettre la main sur des documents confidentiels.

Si j’ai pu lire pas mal de romans abordant le monde des malfrats japonais, « les chiens de guerre » est sans doute ce que j’ai lu de meilleur jusqu’ici et qui m’aura le plus impressionné.

C’est une immersion totale dans l’univers des yakuzas, qui offre une vision de l’intérieur de cette organisation clandestine qui gangrène la société nippone.

Que le lecteur sensible soit ici averti. C’est extrêmement violent. Certaines scènes sont très dures voire insoutenables. L’auteur n’a pas voulu verser dans le spectaculaire ou le voyeurisme, mais mettre à nu une réalité par trop souvent idéalisée ou présentée de manière romanesque.

 Le yakuza n’est pas un Robin des bois des temps modernes. C’est un criminel, un tueur qui n’hésite pas à torturer avec une violence inouïe, et à s’en prendre aux femmes et aux enfants si cela peut servir ses intérêts.

Le roman d’Akio Fukamachi est passionnant à lire pour ce qu’il donne à voir des liens qui unissent les truands entre eux. La loyauté absolue au chef, le sens du sacrifice et de l’honneur qui peut pousser un homme à mourir pour son patron ou son partenaire.

 Et la violence, toujours, qui là aussi est omniprésente et sert de ciment dans la relation au boss. Les coups que le caïd assène sur ses subordonnés sont assez fréquents, et sont acceptés dans une incroyable soumission.

Mais le roman donne aussi à voir les rapports entre la police et ce monde de malfrats.

Celle-ci n’hésite pas à s’accommoder des lois et inventer des prétextes pour interpeller ou arrêter des yakuzas quand elle veut mettre à mal un gang. C’est d’ailleurs pour cela que dans leur quotidien ces derniers ne sont jamais armés, les combats se faisant souvent à mains nues et au corps à corps.

Mais ce qui surprend et semble incroyable, c’est de voir que pour atteindre son but, Goro Idezuki prend pleinement sa part dans les assassinats commandités par les responsables de l’organisation criminelle qu’il a infiltrée.

 Le personnage de Shôgo Tanetaka ( alias Goro Idezuki) est en cela fascinant.

Un être traversé par un malaise grandissant, se questionnant sur ce que sera sa vie une fois la mission accomplie. Pourra-t-il retrouver une vie normale ? Être à nouveau flic ? Quel sens aura alors son existence ?

Car au risque d’être démasqué à chaque instant, se rajoute celui d’y perdre son âme. De prendre goût au pouvoir et à la vie que vous confère le gang auquel vous appartenez, ce que ne pourront jamais vous offrir un grade et un salaire de policier. Et de basculer alors corps et âme du côté des truands.

 Goro Idezuki tombera-t-il dans ce piège qu’un autre avant lui n’a pu éviter ?

Akio Fukamachi dresse un tableau cru et sans fioriture du monde des truands japonais. Un monde qui fascine tout autant qu’il fait peur.

Jusqu’où un homme est il prêt à aller pour assoir une vengeance ou pour vaincre le mal ? La justice justifie t-elle tous les moyens pour la faire triompher ?

« Les Chiens de l’enfer » est sans aucun doute le meilleur roman de l’Atelier Akatombo que j’ai lu depuis la création de cette maison d’édition !

Une immersion en apnée au cœur de cette mafia japonaise, servie par une galerie de personnages incroyables, le tout accompagné par une écriture aussi tranchante que la lame d’un poignard.

Et la découverte d’un immense talent en la personne d’Akio Fukamachi.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article