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Publié par blog813

Et le cinquième était...

 Dans mon lot de Mobydick, il y avait ...un Poulpe. Tiens m'étais-je dit, un poulpe de Jean-Pierre Andrevon ? En fait j'avais pas mal lu cet auteur lors de ma période SF des années 70. J'étais curieux de voir ce que ça donnait. Pour faire une pause après deux ou trois pavés. J'attaquais la lecture.

Ça commençait bien : Le mardi 2 avril 1996 a été un jour comme les autres. Le mardi 2 avril, Ezzedine al-Qassen, la branche armée du Hamas a annoncé la reprise des attentats suicides contre Israël. (...) L'anaphore se poursuivait à la page suivante : Oui, le mardi 2 avril fut bien un jour comme les autres.  D'emblée, j'ai accroché à l'écriture. Vive et puissante. Je donnerai un extrait plus tard. Je l'ai lu comme si ça venait juste de paraître mais quand l'auteur a parlé du Minitel, j'ai eu un doute. Bon, je suppose que l'éditeur Moby Dick a racheté le fonds de Baleine. Ce Moby Dick paru en 2025 est une réédition d'un Poulpe de 1997. La preuve :

 

Passons, l'intérêt est ailleurs, déjà dans l'histoire. Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe, dès le début, donnant un coup de main à des sans papiers, se fait tabasser par des fafs. On est au cœur du sujet.  Contacté par un ami de longue date, son prof de philo, l'anar  William Jablonski qu'il n'a pas vu depuis 10 ans, le Poulpe rend visite à son ami à Poissy sur Essonne dans la grande banlieue parisienne. Là il découvre l'horreur. D'abord un chien mort, massacré sur le perron de la grande demeure puis  Sara (la fille) puis Maria et William, à l'étage. Tous morts. Un coup d'une bande de fafs. Un bruit, une trappe en hauteur,  il découvre le seul survivant, le fils de Sara, Manu, Emmanuel Jablonski. Désormais orphelin.

Cheryl et lui vont le prendre sous leur aile.

N'en disons pas plus la fin réserve des surprises.

Voilà un polar bien construit, écrit à la première personne et un vrai plaisir de lecture. La prose est émaillée de citations de poèmes (Aragon notamment mais pas que), j'aime ça. Puis l'écriture... 

Pour mieux vous situer, voici deux extraits concernant Cheryl : « Elle était venue s'agenouiller près de moi, un trouble intense m'avait saisi quand elle m'avait dit : — Je vais m'occuper de toi.
    Ses incisives nacrées brillaient, moqueuses, dans l'échancrure de ses lèvres couleur crevettes fraîches. Elle sentait bon, elle sentait l'amande douce et l'eau tiède, j'ai voulu tirer sur le nœud de la serviette pour l'ouvrir en deux, peler Cheryl comme je l'aurais fait d'une banane mûre afin de pouvoir à l'instant mordre dans sa chair. »


«     Je regardais Cheryl. Elle s'est occupée de ses ongles, mains et pieds, elle s'est occupée de son visage sous éclairage rasant, traquant le poil disgracieux qu'elle éliminait à mesure d'un maître coup de pince à épiler, sur laquelle elle soufflait, lèvres arrondies, pour faire s'envoler du bec argenté la presque invisible virgule d'or qu'elle avait extirpée de son épiderme de pêche. Elle a examiné sévèrement ses aisselles, impecs, puis ça a été le tour de ses cheveux en copeaux. Je la regardais, mais pas une fois les pans du linge ne se sont écartés sur un endroit stratégique. » (p.33-34)

Aussi, moi qui ai connu cette année là, ça m'a rafraîchi la mémoire :

«     L'actualité  aussi se maintenait. Huit jours plus tôt il y avait eu un carnage dans la ville de Cana, au Liban, plus de cents morts, les tirailleurs israéliens ayant tiré par erreur sur un camp de la Finul. Lundi 22, la presse nous avait appris que Robert Hersant était mort, que l'Italie avait voté au centre gauche et que la chaîne de restaurants Planet Hollywood était désormais cotée en Bourse, sans que ces différents événements fussent liés de manière formelle. Mardi 23 deux livres définitifs sur Mitterrand étaient parus, ce dont on pouvait se consoler en se souvenant qu'un Français sur deux ne lisait jamais. Mercredi, la charte palestinienne renonçait à détruire « l'État hébreu », ce qui était un peu tard pour les morts de Cana. Jeudi, il se confirmait qu'Oskar Doudaïev, héros tchétchène, avait bien été tué, pendant qu'il téléphonait, par un missile russe dirigé « par les moyens d'observation satellitaires de certains pays occidentaux ». Encore une victime des portables.
    Ce vendredi même, sous le titre
Mon cri de colère, Brigitte Bardot venait de publier dans le Figaro (dont, selon l'ours, Robert Hersant était toujours directeur politique) une tribune libre où la défenderesse des animaux s'horrifiait des massacres ovins qui allaient se perpétuer à l'occasion de l'Aïd-el-Kébir. B.B., qui n'avait pas tort, l'avait par contre complètement en dérivant sur « l'invasion de son pays, sa patrie, la France, par une population étrangère, notamment musulmane, à laquelle nous faisions allégeance ».
    J'en avais été triste un moment, car j'aime bien Brigitte Bardot. Mais ce dérapage n'était rien à côté de celui de l'abbé Pierre, qui avait pris la défense des
Mythes fondateurs de la politique israélienne
,
livre haineux et négationniste de Roger Garaudy, guignol successivement stalinien, catholique, protestant et musulman. De cela, il me restait une tristesse tenace car j'aimais bien l'abbé Pierre. Pourquoi le racisme et l'antisémitisme finissaient-ils toujours par se rejoindre, par rallier dans l'ignoble des ennemis irréductibles ?
   C'était une bonne question. Allais-je en faire profiter mon jeune protégé, à l'occasion d'un vaste survol didactique et néanmoins synthétique des saloperies humaines ? Mon jeune protégé suçait un brin d'herbe, ses yeux mobiles suivaient parfois, furtivement, les filles qui passaient, le soleil plongeant donnait à son visage d'ordinaire pâle, aux pommettes bien dessinées, une coloration de cuivre bienvenue. »
 p 119-120

Ces faits  datent d'il y a près de trente ans et on a l'impression que  l'Histoire se répète avec ses saloperies humaines. Rien n'a changé. Rien ? Si, les fachos extrêmes n'ont pas le monopole de la violence meurtrière  aujourd'hui. Un militant d'extrême droite a été roué de coups jusqu'à la mort par des types d'extrême gauche. Il me semble que le Poulpe avec les valeurs qu'il défend (et défendait) est assez loin de tout ça. Et même sa fille avec qui il fait désormais duo...

En attendant régalons-nous d'une telle lecture. Le livre est indispensable, disons-le.

N'oubliez pas : lisez, prenez plaisir.

Boris le Facteur 813

 

 

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