Cinq MobyDick et un Islandais
En avance sur la rentrée littéraire de septembre, ma boîte aux lettres a croulé sous un flot d’ouvrages expédiés, sans que j’aie rien demandé. J’avais chroniqué deux Filles du Poulpe et les éditions Moby Dick s’attendaient que je les soutienne pour cet envoi-ci : Un Poulpe d’Andrevon, un Fille du Poulpe de Lucile Debaille, deux ouvrages d’une nouvelle série -Aurélie Van Root, de Laurent Maillard, et le premier roman d’une série, Bastion, Adieu mon commandant, de Thierry Bourcy.
/image%2F0550618%2F20260127%2Fob_4cacd8_img-20260126-230815.jpg)
J’en ai lu quatre sur les cinq, pas l’Andrevon en qui j’ai toute confiance. Je me le réserve pour des jours de disette ou une pause au milieu de pavés… Pour le Poulpe de Lucile Debaille, je vous renvoie à l’excellente chronique de mon camarade François Braud, je ne ferai pas mieux que lui. Le titre dont je veux vous parler, c’est le premier volume de la série du Bastion, Adieu mon commandant.
Le Bastion ? Vous les savez, le 36 Quai des Orfèvres a migré vers le XVIe, 36 rue du Bastion. On n'a conservé que le 36 pour un batiment sans âme qu'on appelle tout simplement Le Bastion.
image préfecture de police sur son Facebook
Le commandant Pouchard n’aime pas ses nouveaux locaux, trop impersonnels et surtout il est tout près de la retraite. Il a sous ses ordres un doux illuminé, François-Henri Loussier, un intuitif et quelques autres membres.
L’affaire, une série de morts dus à un tueur en série qui prélève un organe sur chacune de ses victimes : qui un doigt, qui une oreille, qui… Bien sûr l’équipe résoudra l’affaire. Et le commandant part à la retraite… Tiens, le héros s’en va ? Hé oui, en fait, pour cette série bien menée et bien écrite, on a choisi de mettre en valeur un membre de l’équipe différent à chaque épisode. Exit donc le Commandant Pouchard (d’où le titre).
Mais ce qui est surtout remarquable dans cette série bien écrite, c’est l’humour.
Quelques exemples :
— Mon Dieu, je n'arrive pas à le croire. Diane... Ici, tout le monde l'aimait beaucoup. Mais pourquoi elle ?
— À vrai dire, il n'y a pas de pourquoi, le criminel semble choisir ses victimes au hasard. Mais il y a peut-être autre chose, quelqu'un qui aurait pu en vouloir à madame Ardins.
— Pas ici, en tout cas. Elle était toujours de bonne humeur, bourrée d'idées... Tenez, par exemple, le slogan La main dans le sac pour Vuitton, c'est elle. C'était le talent à l'état pur.
Pouchard fait un effort pour paraître épaté.
— En effet.
Il se tourne vers son adjoint.
— La main dans le sac, Loussier, vous notez ?
— Oui, Commandant. (p.83)
----------------
— Vous allez l'arrêter bientôt ?
— Pourquoi ? Tu as peur ?
— Je n'ai pas raison d'avoir peur ?
— Pour l'instant, tu ne risques rien, la prochaine victime sera un homme.
— C'est horrible ! Et s'il n'y avait pas de prochaine victime ?
— D'un côté, ce serait formidable, mais d'un autre, on n'aurait plus aucune chance de l'attraper.
— Mais comment tu sais que ce sera un homme ?
— Jusqu'ici, il a toujours alterné : femme-homme-femme-homme-femme. Et toi, c'est difficile de te prendre pour un homme.
Chun rit. Elle est toute nue mais s'en fiche. François-Henri est en train de tomber amoureux.
En arrivant au Bastion, le jeune homme trouve son chef déjà prêt à partir. Dans l'ascenseur qui redescend vers la sortie, Pouchard lui résume les nouveaux éléments.
— Le portable de la victime de la Gare Montparnasse a parlé. Brigitte Drapeau profitait de ses stages parisiens pour retrouver un amant.
— Depuis longtemps ?
— Ça, on va le lui demander.
— À elle ?
— On n'est pas encore mediums. À l'amant.
Il faut badger aussi pour sortir, le vieux policier laisse faire son adjoint et tente de passer juste derrière lui, une alarme se met à sonner, un bleu, fusil mitrailleur à la main, se tourne vers lui, énervé.
— Commandant, vous savez bien que ça ne peut pas marcher comme ça.
Pouchard soupire et exhibe à son tour son badge, la barrière s'ouvre, la sonnerie cesse. . (p.90)
------
Loussier gare la voiture, le Commandant commence à avoir du mal à s'extraire du véhicule, il se sent lourd, ses genoux craquent et, souvent, son dos lui fait mal : trop de nuits blanches, trop de filoches, trop de planques en bagnole, sans parler de l'abus de sandwich-bière-café. A l'entrée du Bastion, Pouchard exhibe son badge en soupirant. Les badges l'ont toujours fait penser, lui qui est petit-fils de paysans, aux morceaux de plastique orange qu'on agrafe à l'oreille des vaches. Il sourit en se disant que les poulets, dans la campagne, n'ont pas le droit à ces étiquettes.
Odile Pillat a rejoint l'équipe pour la réunion de synthèse. (p.94-95)
Affaire (à suivre…)
Le deuxième roman est un vrai coup de ♥. Il s’agit de l’Islandais Ragnard Jonasson, Un calme blanc. Je ne l’avais jamais lu, pourtant, chez La Martinière, quatorze ouvrages ont déjà été traduits.
Celui-ci est le deuxième tome d’une trilogie qu’on peut lire sans avoir lu le premier : La Mort en blanc,mettant aussi en scène le policier Helgi, sorti en poche chez Points et sûr, je l’achèterai.
Pour ne pas trop dévoiler du récit, voici le quatrième de couverture.
/image%2F0550618%2F20260127%2Fob_e1373d_4e-couv.jpg)
Cela semble classique mais ce qui l’est moins, c’est la construction parfaite du récit : on retrouve le policier Helgi, sorti de sa liaison toxique avec Berghtora et se créant un doux moment plein de promesses avec Anita, une femme simple. On découvre aussi par bribes une interview de l’autrice disparue, datant de 2005. Enfin, on nous montre un groupe de jeunes gens préparant un casse dans une banque et dans les années 70 puis une enquêtrice cherchant à comprendre ce qui s’est passé lors de cette attaque, une fois que l’un des agresseurs est emprisonné.
L’auteur arrive à faire tout converger vers le récit principal, du jeudi 1er au mardi 6 novembre 2012, où l’on voit le jeune Helgi enquêter et régler ses problèmes personnels. Sans compter le décor Islandais, en plein hiver...
Du grand art, une trilogie à suivre…
Boris le facteur
/image%2F0550618%2F20260127%2Fob_cc23e2_5recadres.jpg)
/image%2F0550618%2F20260127%2Fob_120ebc_jonassoncoup.jpg)
/image%2F0550618%2F20260127%2Fob_e3b603_jonasson-ent.jpg)