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Publié par blog813

... c’est comme ça que je suis mort

Cette année, j’ai croisé deux fois Pierre Fourniaud, directeur des éditions la Manufacture de livres. À Bon encontre, en mars ; ses auteurs étaient venus en force. C’est là qu’il m'a donné le premier roman de Lionel Destremau qui devait paraître quelques jours plus tard. Pas tout à fait un inconnu. Je l’avais croisé plusieurs fois à Polar en Cabanes, à Bordeaux, il dirige « Lire en poche » à Gradignan depuis pas mal d’années.

J’ai donc lu ce livre assez étonnant par beaucoup d’aspects.

D’abord, c’est une fiction clairement annoncée, dès le début.

En effet, nous sommes dans un pays dont la capitale est Caréna et où tous les noms de lieux sont à l’avenant. Même chose pour les personnages. Le protagoniste s’appelle Siriem Plant. C’est un ancien policier, qui a fait la guerre dans l’équivalent de la Police Militaire.

Siriem est convoqué au Ministère des Anciens combattants ou un général, affublé d'un bras n'est qu'un moignon, lui demande de chercher qui est Carlus Turnay – mais est-ce bien son nom ? - un blessé amnésique que plusieurs familles cherchent à récupérer. Cette mission, une fois accomplie, devrait lui permettre de retrouver un poste intéressant au sein de la Police.

Siriem va, dans un premier temps, essayer de reconstituer le bataillon dont faisait partie Carlus, toutes les pistes le menant à des soldats morts au combat. Un des rares survivants est incapable de parler ou d'écrire : une « gueule cassée ». Notre détective privé va donc devoir démêler un écheveau remarquablement complexe, bénéficiant de l’aide d’un chauffeur fourni par le Ministère, le Caporal William Cassel (espion ou adjuvant ?).

On l’aura compris, cette quête n’est pas le seul intérêt car outre les chapitres narrant la quête du détective, à chaque fois qu’il suit une piste, la focalisation se déplace vers la personne qu’il recherche et se termine invariablement par la même formule (ou presque) « Et c’est comme ça que je suis mort ».

C’est une guerre de fantassins, de tranchées, de frises de barbelés, d’assauts, de retraits, d’obus, de gaz mortels et de boue... Surtout la boue.  Une guerre très sale, dégueulasse où nous sont décrits minutieusement les sentiments de ses acteurs. On se demande bien pourquoi on envoie tous ces jeunes hommes à la boucherie, on ne sait d’ailleurs pas pourquoi. D’ailleurs les opposants y vont mais ne le savent pas non plus.

Ça ressemble à la Grande Guerre, mais toutes les guerres sont meurtrières et ignobles. Et celle-ci fait étrangement écho à un conflit actuel où des chars envoient des déluges de bombes mais s’embourbent aussi. Leurs opposants s’enferment dans un monde souterrain...

Beaucoup de scènes sont saisissantes. Bref, un premier roman, d’une construction très maitrisée et qui donne à réfléchir.

Le facteur 813

 

Lionel Destremau, Gueules d’ombre, La Manufacture de livres, mars 2022, 425 pages.

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