Hameau à restaurer en Sardaigne, 1 € la maison
" Je ne sais pas du tout pourquoi on me tient prisonnier. Pourquoi on m'a choisi. Je n'ai pas de secret que ces hommes pourraient m'arracher. Même par la violence. "
Une villa délabrée vendue un euro dans un village fantôme en Sardaigne : pour Tilda, architecte allemande, c'est une aubaine. À la recherche d'un nouveau départ, elle souhaite rénover l'endroit et tourner la page sur son douloureux passé. Mais l'apparence idyllique du lieu est trompeuse. Les cloches sonnent le dimanche comme par magie, et l'on murmure qu'une malédiction plane sur la maison. Avec l'aide d'Enzo, un journaliste qui enquête sur ce village, Tilda tente de percer les mystères qui l'entourent. Lorsque Nino, son jeune frère venu lui rendre visite, disparaît soudainement, elle est prête à tout pour le retrouver. Tilda découvre alors, dans l'arrière-pays de l'île, une vérité plus sombre que n'importe quelle légende - et qui semble étroitement liée à son passé. Car ceux qui s'installent à Botigalli n’achètent pas seulement des murs. Ils achètent aussi les secrets qu'ils renferment.
Un sombre été Vera Buck Gallmeister, Traduit de l'allemand par Brice Germain
Voilà l’intrigue principale posée. Donc deux narrateurs,contemporains : l'architecte Tilda, Allemande et Enzo, journaliste sarde.
Une troisième narratrice interviendra. Franca qui nous parle depuis ses 17 ans révoltés au tournant des années 70-80. Elle ne supporte pas le patriarcat ni les contraintes liées à la religion. Bref une anarchiste en lutte contre une société totalement régie par les hommes. La place de la femme est aux fourneaux, elle doit s’occuper des enfants. Point.
Un tout petit hameau en pleine montagne que Tilda tente de faire revivre. Elle est bien seule, à part Silvio un voisin vieux et grabataire accompagné d’une garde-malade revêche, la Signora Cossu. Tout ça est un peu angoissant. La maison qu’elle a achetée et qu’elle rénove a été le lieu d’un massacre en 1982. Son frère viendra la rejoindre mais...
Reste la citation mise en exergue, au-dessus de la présentation ▲ Dans le passé la principale ressource financière de ce pays très pauvre était les enlèvements d’enfants, échangés contre rançon. Voici à quoi ils ressemblaient dans cet extrait du récit de Franca qui a 17 ans est victime elle aussi d’un enlèvement :
« — Franca, si tu as fini, descends et lave les casseroles, s'il te plaît.
J'ai réprimé un soupir.
- Je ne peux pas faire ça demain matin? Il est déjà tard.
- On avait pourtant convenu que tu ne discuterais plus ce qu'on te dit.
On n'avait absolument rien convenu de tel, car pour cela, il aurait fallu mon approbation, mais je me suis quand même mordu les lèvres et ai hoché la tête tandis que je me retournais et empilais les casseroles. L'inflexibilité de mon père allait sans doute se relâcher au fur et à mesure que les jours passeraient. Il fallait d'abord qu'il redescende en température — ce qui n'était pas forcément possible par ce temps. (…/…)
J'ai emporté les casseroles dehors. On avait mangé tard, le soleil était couché depuis longtemps et la lune, cachée derrière des nuages. Seule la lumière aux fenêtres éclairait la rue.
Alors que je tenais la première casserole sous le robinet, j'ai entendu des pas derrière moi. Je me suis retournée, mais il n'y avait personne. Pourtant, j'avais brusquement l'impression d'être observée.
Je me suis forcée à continuer, mais la tension dans ma nuque grandissait. Lorsque j'ai pris la deuxième casserole en main, j'ai encore entendu le même bruit, cette fois plus près. Je me suis interrompue, ai tendu l'oreille attentivement, mais il ne s'est rien passé d'autre. Le silence dans la rue m'a soudain paru étouffant.
Je me penchais à nouveau sur les casseroles lorsque tout à coup quelqu'un m'a attrapée par-derrière. Avant que je puisse crier, une main puissante s'est pressée sur ma bouche. J'ai essayé de me défendre, ai donné des coups dans le vide autour de moi, mais d'autres bras se sont glissés autour de ma taille pour m'entraîner. La panique m'a envahie, mon cœur battait à toute vitesse.
J'ai mordu l'agresseur à la main, ce qui l'a fait lâcher dans un cri de douleur, mais avant que je puisse me retourner, on m'a enfoncé un bâillon dans la bouche et enfoui la tête dans un sac. Je ne voyais plus rien, Ma respiration s'est accélérée, étouffée à travers le tissu.
Dans l'espoir que mes parents m'entendent, que n'importe qui m'entende et m'aide, j'ai hurlé dans le bâillon. Pour toute réponse, j'ai senti encore plus de mains me saisir, brutalement et sans se soucier des douleurs qu'elles m'infligeaient.
Ils m'emmenaient, je trébuchais, perdais l'équilibre, mais ils continuaient à me traîner. Tout en moi me criait de fuir, de résister, mais j'étais encerclée et aveugle. Les agresseurs me portaient comme un morceau de viande.
La panique menaçait de me submerger. je battais des pieds et me contorsionnais, mais ils étaient trop forts. Trop nombreux. Lorsqu'ils m'ont reposée par terre, le sol avait changé sous mes pieds. Il était plus lisse. On n'était plus dehors et il faisait froid. Mes pensées se bousculaient Chaque début de réflexion terminait dans un tourbillon de panique. Qui étaient ces hommes ? Pourquoi m’avaient-ils enlevée ? Les bruits de pas et de murmures étouffés, résonnaient dans mes oreilles, mais je n'arrivais pas à les comprendre. En revanche, j'ai entendu le grincement d’une porte. On m'a soulevée à nouveau. Ma tête a cogné contre du bois. Je n'avais aucune idée d'où j'étais. Le temps et l'espace s'étaient dissous dans un torrent de peur. On m'a descendue par un escalier en bois. Le sol sous mes pieds était froid, dur, et je suis tombée sur les genoux quand ils m'ont lâchée, uniquement pour aussitôt m'attraper et me soulever à nouveau. Des mains ont courbé mes articulations, comme pour me plier. Quelqu'un a touché ma poitrine, trop longtemps pour que ça puisse être un simple hasard.
J'ai été glissée dans une caisse. Un couvercle a claqué au-dessus de ma tête. Le bruit a continué à résonner dans l'obscurité. Mon souffle était précipité, court, j'arrivais à peine à respirer. Le tissu du sac collait à mon visage. Les liens me coupaient les poignets. L'exiguïté et l'obscurité là-dedans m'étouffaient. J’ai essayé de relâcher les liens autour de mes poignets, mais c'était peine perdue. Le nœud ne bougeait pas, et à chaque tentative de me libérer, la corde me cisaillait un peu plus la peau.
Je me suis retournée et ai crié dans mon bâillon. La peur qui m'envahissait était insoutenable. J'ai entendu des voix étouffées à travers le bois, puis les pas se sont éloignés. Un deuxième claquement, une porte qu'on fermait. Puis je n'ai plus rien entendu. J'étais seule. Totalement seule dans cette obscurité oppressante. »
Ils étaient enfermés dans un endroit obscur, cagoulés et ligotés. Des personnages masqués leur portaient de la nourriture régulièrement, jusqu’à ce la rançon soit payée.
C’est le troisième roman choral de Vera Buck, après Les Enfants loups et La Cabane dans les arbres. Ici les voix sont limitées à trois, on n’entend qu’elles, deux voix contemporaines, une voix du passé mais ce système nous plonge en permanence au cœur de l’action et permet un dévoilement très progressif de la vérité qui ne manque pas de nous surprendre.
Il est aussi beaucoup, on ne peut pas dire surtout tant ce roman est dense, question d’enlèvements, de manipulations, de mensonges et de droit des femmes. Et de violence masculine.
« La nouvelle Reine du thriller », Vera Buck ? Sans doute mais pas que. Surtout une écrivaine qui change de thématique et de construction (hormis le récit choral) à chaque roman. Tout est totalement maîtrisé.
Un de mes coups de ♥ de la rentrée (paru le 19 août, 421 pages)
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